La Gazette

des Comores

Veron Mosengo-Omba, secrétaire général de la CAF

Veron Mosengo-Omba, secrétaire général de la CAF © : HZK-LGDC

« En sanctionnant la FFC d’une amende pour violation, la Commission de discipline a appliqué le règlement en toute indépendance »


Suite à la polémique soulevée par l’élimination et les sanctions infligées par la CAF à la FFC, le Secrétaire Général de la CAF Veron Mosengo-Omba a accordé un entretien exclusif à La Gazette des Comores. Cet ancien cadre de la FIFA et proche du président Gianni Infantino donne ses impressions sur ce qui ressemble à un début de crise entre l’instance faîtière du football continental et l’un de ses démembrement (FFC).

Question : Les Comores ont joué contre le Cameroun en 8e de finale de la CAN le 24 janvier dernier. Six joueurs comoriens ont été déclarés positifs au Covid le 22 janvier, certains y voient une coïncidence malsaine qu'en pensez-vous ?

Veron Mosengo-Omba : Avant de répondre à votre question, je tiens à m’insurger contre les critiques injustes que subit la vice-présidente Comorienne du Comité Exécutif de la CAF, Kanizat Ibrahim, de la part de ses compatriotes depuis le match en question. Le peuple des Comores devrait être fier d’avoir en la personne de Kanizat Ibrahim, choisie pour son intégrité et ses compétences prouvées dans la conduite du Comité de Normalisation que j’ai installé et supervisé - sa première Vice-présidente femme depuis la fondation de la CAF. Ceux qui prétendent qu’elle n’a pas défendu assez les Comores dans cette affaire sont ignorants du rôle qui est le sien. En tant que membre du Comité Exécutif de la CAF, elle défend les intérêts du football africain et ne représente pas directement les Comores. Professionnelle respectueuse des règles de la CAF applicables à tous les compétiteurs, elle n’a en effet pas tenté d’abuser de sa fonction pour obtenir un passe-droit pour l’équipe de son pays, comme l’attendaient apparemment ses détracteurs. C’est tout à son honneur. Mais revenons à votre question : Pour moi, le fait que le Cameroun n’ait eu à déplorer jusqu’ici aucun cas positif au COVID contrairement à l’équipe des Comores ne peut être que le hasard des contaminations. Les joueurs sont tous testés par le même laboratoire indépendant UNILABS selon un protocole bien établi qui ne permet pas que “on” puisse déclarer positifs des joueurs qui ne le sont pas ou négatifs des joueurs qui sont positifs.

Question : À Moroni, le sentiment qui prévaut est que la CAF a pris des dispositions pour favoriser le Cameroun tout ça pour des considérations mercantiles. Que répondez-vous à ce sujet ?

V.M.O : La CAF s’en tient au règlement. Je réponds que la CAF n’a qu’un seul souci, et il est de taille : que tout se déroule dans les règles durant sa compétition et que la qualité générale de cette compétition soit d’un niveau qui encourage nos jeunes à s’impliquer dans le football africain et de nouveaux sponsors à devenir les partenaires commerciaux dont nous avons besoin pour atteindre nos objectifs. Elle n’a aucun intérêt mercantile ou autre à favoriser le Cameroun. Je vous demande d’ailleurs quel intérêt elle pourrait avoir à le faire ?

Question : Les pourfendeurs de la CAF s'appuient sur le cas Wahbi Khazri contrôlé positif à la même période mais, qui a pu finalement jouer contre le Nigeria dimanche ce qui n'était pas le cas d'Ali Ahamada pour le lundi. Que s’est-il passé, est-ce que le protocole a changé entre temps ?

V.M.O : Le protocole sanitaire n’a pas été changé mais seulement réajusté le (23 janvier 2022) : il a été assoupli pour permettre notamment à un joueur asymptomatique présentant un PCR négatif officiel même le jour du match, de pouvoir jouer le même jour, pour autant qu’il remplisse les autres conditions sanitaires fixées pour un retour à la compétition, dans l’intérêt de sa santé et de celle des personnes en contact avec lui. Contrairement à Wahbi Khazri, testé négatif le jour du match après une quarantaine de cinq jours, Ali Ahamada n’avait pas subi la quarantaine exigée après un test positif.

Question : Et d'ailleurs que dit le protocole de la CAF par rapport aux joueurs testés positif à la Covid ?

V.M.O : Les cas positifs de joueurs avérés asymptomatiques, qui remplissent les 5 jours d'isolement, peuvent demander l'organisation de tests PCR toutes les 24 heures, effectués par UNILABS. Une fois le test devenu négatif, les joueurs concernés devront se soumettre aux examens médicaux de la PCMA+. Ces documents devront être transmis à la commission médicale de la CAF par courriel. Ce n'est qu'après approbation de la commission médicale de la CAF que les joueurs seront autorisés à reprendre les entraînements et la compétition.

Question : Le président Motsepe fait de la bonne gouvernance son cheval de bataille, ça fait presque 3 ans que les enquêteurs de la FIFA enquêtent sur des cas de malversations à la Fédération de Football des Comores. Est-ce que la CAF est au courant de ces investigations et où en sommes-nous ?

V.M.O : Cette affaire relève de la justice comorienne d’une part et de la FIFA d’autre part, et je ne souhaite faire aucun commentaire sur ce que je sais et ne sais pas. Je peux seulement dire que dans son domaine de compétence, la CAF entend faire respecter la règlementation imposée à tous ses membres et tirer les conclusions qui s’imposeront suite à d’éventuelles décisions de la FIFA et/ou de la justice comorienne.

Question : L'arbitrage est décrié durant cette CAN, est-ce que vous comprenez ces critiques ou avez-vous le sentiment que l'on juge sévèrement les hommes en noir ?

V.M.O : Honnêtement, je trouve que jusqu’à présent et à l’exception de cette regrettable erreur de chrono à la fin du match Mali-Tunisie où les règles du jeu ont finalement tout de même été respectées puisque l’arbitre dispose d’une marge d’appréciation en ce qui concerne le temps additionnel. L’arbitrage est dans l’ensemble de bonne qualité durant cette CAN. Le recours à la VAR, que la CAF a pris sur elle d’imposer dès le début de la compétition, est un soutien indéniable pour ces arbitres, qui font un travail remarquable, tout en étant toujours sous le feu des critiques.

Question: La FFC est actuellement en litige au près du TAS avec un ancien candidat à sa présidence qui se sent lésé. Cette requête pourra-t-elle ouvrir une période de normalisation si elle aboutissait ?

V.M.O : Qu’elle aboutisse ou non, cette requête, au sujet de laquelle je n’ai rien à dire sur le fond, clôturera l’affaire sur le plan du droit du sport. Cette procédure terminée, la FFC n’aura d’autre choix que de respecter la décision du TAS et de trouver le moyen de normaliser son organisation dans le respect des règles qui sont imposées à toutes les fédérations membres de la FIFA et de la CAF.

Question : La commission de discipline de la CAF vient de prendre une série de sanctions contre la FFC, dont une pour non-respect du protocole Covid. Celles-ci ne risque-t-il pas d’exacerber le sentiment de CAF- bashing observé un peu partout ?

V.M.O : Des joueurs se sont rendus au stade alors qu’ils devaient respecter une quarantaine. Si appliquer un règlement qui a été violé, respecter le principe de séparation des pouvoirs et l’indépendance des organes juridictionnels exacerbe un sentiment anti-CAF chez certains, d’autres constateront qu’en cela, la CAF évolue positivement et que son président tient ses engagements d’imposer les règles de bonne gouvernance. En sanctionnant la FFC d’une amende pour violation, la Commission de discipline a appliqué le règlement en toute indépendance. Libre à chacun de critiquer sa décision et la mesure de la sanction.

Question. Vous étiez jusqu’à pas longtemps directeur du développement du football pour l’Afrique, l’Océanie ... de la FIFA, aujourd’hui vous êtes à la CAF. Est-ce un choix de carrière ou il y’a autre chose ?

V.M.O : Plus exactement j’étais Directeur de la Division des Associations Membres de la FIFA après avoir été Directeur Associations Membres Afrique-Caraïbes. Mon arrivée à la CAF relève d’un concours de circonstances qui me sont apparues favorables. A ce stade de ma vie privée et fort de la longue expérience et des contacts accumulés depuis plus de 20 ans dans le cadre de mes précédentes fonctions, l’occasion m’a été donnée par le nouveau président de la CAF, Patrice Motsepe, de me mettre au service de la CAF, au plus près des réalités du football africain. Je suis Africain même si comme beaucoup de joueurs africains j’ai longtemps évolué en Europe et je souhaite contribuer au rayonnement du football africain. La CAF est une prestigieuse confédération au potentiel immense, d’où viennent des Roger Mila, Makelele, Samuel Eto, Didier Drogba, Yaya Touré, Mohamed Salah, Sadio Mané et autres pour ne citer qu’eux. Lorsque le président Patrice Motsepe, dont je respecte l’intégrité, m’a proposé de l’accompagner dans sa mission comme SG, j’ai su que c’était le moment. Plus qu’un choix de carrière, c’était une envie et un risque assumés de participer à un renouvellement de la CAF. Beaucoup s’en sont d’ailleurs étonnés, notamment un journaliste, qui m’avait demandé comment je pouvais quitter le paradis (allusion à la FIFA) pour me rendre volontairement en enfer (allusion à la CAF). Je lui avais répondu que mon objectif était de créer un nouveau paradis.

Propos recueillis par AS Badraoui

 


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