La Gazette

des Comores

Sport – institution : Le ministère met les fédérations sous tutelle

Sport – institution : Le ministère met les fédérations sous tutelle © : HZK-LGDC

C’est sans précédent dans l’histoire du sport comorien. À une année des jeux des îles, le ministère des sports suspend toute organisation d’une assemblée générale (Ordinaire, Élective) par les fédérations membres du Comité Olympique comorien. Le ministère justifie cette décision, par dit-il, un souci de préserver la stabilité et la continuité dans la gouvernance des différentes fédérations existantes.


Par courrier en date du 14 juillet, envoyé au COSIC et signé par le secrétaire général du ministère des sports, nous pouvons lire ceci : « La Comores s’apprêtent à accueillir, pour la première fois de son histoire, les Jeux des Îles de l’Océan Indien, échéance majeure qui mobilise l’ensemble de l’appareil sportif national et engage la crédibilité de notre pays devant la région.» Et le courrier de continuer : « C’est dans cet esprit que je vous informe de la décision de suspendre, avec effet immédiat et jusqu’à la clôture des Jeux des Îles de l’Océan Indien ainsi qu’à l’issue de la saison olympique, la tenue de toute assemblée générale au sein des fédérations sportives nationales affiliées à votre comité.» Une suspension qui pose question, car elle ne se conforme à aucun texte existant. Pire, elle va à l’encontre de la charte olympique notamment la règle 29 sur les Comités Nationaux Olympiques. « Les Comités Nationaux Olympiques doivent préserver leur autonomie et résister à toutes les pressions, y compris, mais sans s’y restreindre, les pressions politiques, juridiques, religieuses ou économiques, qui pourraient les empêcher de se conformer à la Charte olympique», et des statuts du Comité Olympique sur l’autonomie de ses membres «Chaque membre du COSIC, personne morale ou physique, doit gérer, administrer et diriger les activités sportives dont il a la charge, en toute indépendance sans l'ingérence d'un tier.»

En envoyant ce courrier au COSIC, le ministre avait comme justification, la prévention des troubles qui pourraient survenir lors des assemblées générales, surtout si celles-ci doivent avoir comme objet le changement de bureau. « L’expérience démontre que les assemblées générales, singulièrement lorsqu’elles portent sur le renouvellement des instances, peuvent donner lieu à des tensions, des recours ou des scissions internes.» Un argument qui frise le paternalisme, laissant entendre que les dirigeants sportifs comoriens ne seraient pas suffisamment responsables pour concilier leurs obligations statutaires avec la préparation des Jeux des Îles. Or, le véritable risque réside ailleurs : en imposant une suspension générale des assemblées, le ministère semble faire abstraction des obligations auxquelles les fédérations sont soumises vis-à-vis de leurs instances internationales, au risque de les placer en situation de non-conformité et de les exposer à des mesures disciplinaires.

Cette longue lettre du ministère de la jeunesse et sports envoyé au COSIC, intervient dans un contexte de tension, et où plusieurs fédérations se trouvent déjà, soit dans l’irrégularité pour cause de fin de mandat, soit font face à des conflits internes qui sont parfois consubstantiels a toute association. Le problème en réalité demeure, l’incapacité du Comité Olympique à résoudre les problèmes de ses membres. La Fédération de judo se trouve dans une situation telle, qu’organiser les compétitions internes semble relever du chimère. Pire, on nous dit que l’une des parties en conflit avec le bureau actuel jugé illégal à enlever le tatami à l’INJS pour empêcher toute organisation de compétitions. Mais ce geste symbolique soit-il ne fait que confirmer la réalité d’une fédération qui n’a plus organisé de compétition depuis trois ans. Une situation préoccupante, mais qui ne semble guère être la première des préoccupations des autorités, à en croire, Saïd Louey Saïd Ali. «Face à cette situation, le ministère chargé des Sports, en concertation avec le Comité olympique et sportif des îles Comores (COSIC), envisagerait la signature d'un arrêté portant suspension de la Fédération comorienne de judo. Selon plusieurs sources, cette décision serait toutefois retardée par des démarches de lobbying entreprises en coulisses afin d'en différer la publication.

En privilégiant la stabilité institutionnelle au détriment du respect des échéances statutaires des fédérations, le ministère ne risque-t-il pas de produire l’effet inverse de celui recherché ? « Les fédérations dont le mandat arriverait à échéance durant cette période sont invitées à en assurer la continuité par intérim, dans le respect de leurs statuts respectifs, jusqu’à la levée de la présente mesure », prévoit le courrier. En effet, une telle décision pourrait placer certaines fédérations en situation de non-conformité vis-à-vis de leurs fédérations internationales, avec, à la clé, des sanctions susceptibles d’affecter directement les athlètes. La Charte olympique rappelle d’ailleurs que la Commission exécutive du CIO peut prendre « toute décision appropriée pour la protection du Mouvement olympique », notamment « la suspension ou le retrait de la reconnaissance » d’un Comité National Olympique ou d’une fédération lorsqu’un acte gouvernemental ou une réglementation entrave son autonomie.

Imtiyaz 

 

 


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