Après l'entrée en lice des athlètes comoriens, l'un des experts du sport comorien partage son avis sur le niveau, les qualifications et les perspectives des sportifs nationaux. Interview.
Question : quel aperçu avez-vous sur le niveau des athlètes comoriens aux JO 2024 ?
Madiane Mohamed Issa : ce n’est un secret pour personne, les athlètes qui représentent le pays aux JO de Paris 2024 sont tous qualifiés via le processus de l’universalité, c’est-à-dire qu’aucun n’a réussi à se qualifier à la suite des différentes compétitions organisées pour cet effet, au niveau zonal, continental ou mondial. Mais ce qui est encourageant, c’est le fait que le niveau pour certains d’entre eux, je vais parler de Hachim Maaroufou pour l’athlétisme dont son chrono est comparable à celui de certains athlètes qualifiés directement, ou du Canoë-Kayakiste Andy Barat, qui fait partie des meilleurs en Afrique en Canoë-slalom, mais que malheureusement, les places qualificatives sont très limitées pour notre continent. Quant à la natation, on constate au fil des années, de réelles progressions du niveau de nos athlètes. Certes, il y a encore du chemin, mais on peut dire que la mayonnaise est en train de prendre. Il faut remarquer aussi, le potentiel pour d’autres athlètes comoriens qui se sont distingués dans les derniers Jeux des Iles de l’Océan Indien de 2023 à Madagascar. Je vais parler notamment de la lutte gréco-romaine, dont l’athlète Madi Latuf médaillé d’or à Madagascar, qui a raté d’un rien sa qualification olympique en Afrique du nord.
Question : quelle est votre appréciation sur les éliminations des Comores en 100m nage libre Hommes et en Canoë-slalom Hommes ?
M.M.I. :vous savez, à chaque fois qu’on engage un athlète dans une compétition, on se fixe un objectif et on travaille avec détermination pour l’atteindre. Après, les résultats suivent. Ils peuvent être positifs, négatifs ou même au-delà de nos espérances. Oui, nos athlètes ne sont pas allés jusqu’au bout dans leur compétition respective, mais leur prestation a été à la hauteur de nos attentes immédiates, mais ce sont surtout des prestations encourageantes pour nos visions, perspectives et projets futurs.
Question : les Comores ont un athlète "qualifié" sur les quatre participants aux JO. Cela représente quoi pour vous ?
M.M.I. : comme je l’ai dit plus haut, deux de nos athlètes sont dans les minimas requis pour une qualification olympique, mais ce minima, ne suffit pas à lui seul, il faut le faire valoir et pouvoir le mettre en valeur lors des compétitions qualificatives. Malheureusement la chance n’a pas été de notre côté pour deux ou trois de nos athlètes à l’instant « t ». Pour revenir à votre question, je ressens une grande fierté pour le sport comorien d’avoir des athlètes de différentes disciplines capables de réaliser les minimas requis pour se qualifier aux Jeux Olympiques.
Question : quelle stratégie ou politique peut-on mettre en place aux Comores pour avoir des qualifiés pour Los Angeles 2028 ?
M.M.I. : le COSIC travaille déjà avec certaines fédérations sportives nationales pour améliorer la performance de nos athlètes notamment en leur octroyant des bourses olympiques. Le nombre de ces athlètes est en perpétuelle augmentation et on ne peut qu’encourager cette démarche. Maintenant au niveau des Fédérations nationales, il faut redoubler d’efforts et miser sur le travail technique d’encadrement et de préparation pour le haut niveau. C’est un travail de longue haleine, mais comme on dit « Paris ne s’est pas fait en une journée ». Il faut persévérer.
Question : qui est le grand espoir des Comores à ces jeux ?
M.M.I. : comme je l’ai dit, tous nos athlètes engagés dans ces jeux représentent des espoirs pour le sport comorien sous plusieurs angles. On a vu Andy Barat dans trois disciplines du Canoë-kayak, il n’a pas du tout démérité, il s’est battu ardemment avec fierté et détermination sous les yeux du monde entier. Il n’a que 26 ans, et avec sa marge de progression, on pourra encore compter sur lui jusqu’en 2028 et au-delà. Quant à Maaroufou qui a été aligné dans l’épreuve reine du 100 mètres, il a passé le tour préliminaire en finissant 3ème de sa série, même, en étant en deçà de son temps de référence, sa régularité nous permet de dire qu’il fait partie des meilleurs de l’océan indien. Je pense pour les Jeux des Iles de l’Océan Indien « Comores 2027 ».
Pour Maecha Saadi, la benjamine de notre délégation, elle nous a fait vibrer dans le bassin olympique de La Défense Aréna. Elle a fait sa course en terminant première de sa série. Elle a pu rester constante pour couvrir une longueur de la piscine en pulvérisant son propre record et en descendant sous de 30 secondes. Son homologue masculin Hassane Hadji, malgré sa dernière place n’a pas démérité. L’épreuve du 100 mètres nage libre Hommes, c’est l’une des épreuves reines de la natation aux JO, très speed et très attendus avec au départ près de 80 athlètes. Figurez-vous que Hassane a concouru aux côtés de grands noms de la Natation mondiale, comme le chinois Pan Zhanle, ou l’australien Kyle Chalmers.
Question : En tant que président de la Fédération de gymnastique, qu'elles sont vos impressions sur la première compétition de gymnastique des JO ?
M.M.I. : En tant que président, je retiens la performance des gymnastes et le niveau élevé de la discipline. Je retiens aussi la beauté de cet art, si on peut le nommer ainsi, tant chez les garçons que chez les filles. C’est une très grande opportunité de pouvoir assister à cette compétition. L’intérêt éprouvé est d’autant plus grand, puisque la Fédération comorienne de gymnastique vise dans son plan stratégique de développement, de hausser le niveau de ses athlètes, de se procurer d’infrastructures adéquates et de s’aligner au niveau continental dans le quadriennal à venir. Nous espérons y parvenir avec détermination et que Dieu nous prête la force et le courage.
Votre dernier mot
M.M.I. : est-il besoin de rappeler que les Jeux Olympiques représentent le sommet du sport mondial et tout athlète rêve d’y participer. Cependant, le parcours n’est pas des plus faciles. Il est long et demande des efforts, de l’investissement et des sacrifices. J’encourage les jeunes athlètes comoriens à y penser et à poursuivre ce rêve.
Propos recueillis par Oustadh Padré
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