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Football : Interview de l’entraîneur des Cœlacanthes Amirdine Abdou : « Ne prévoyons pas l’avenir, rendons-le possible »

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Football : Interview de l’entraîneur des Cœlacanthes Amirdine Abdou : « Ne prévoyons pas l’avenir, rendons-le possible » © : HZK-LGDC

Avant de prendre le vol pour revenir en France, Amirdine Abdou, l’entraîneur des Cœlacanthes, équipe nationale des Comores, a accepté de répondre aux questions de La gazette des Comores/Hzk-presse. Il livre ses impressions enrichissantes par rapport au parcours des Cœlacanthes (B) et suggère des pistes constructives pour l'essor des Cœlacanthes (A).


Question : Monsieur le coach, vous venez d'assister au match comptant pour le 3e tour du Chan : "Comores # Namibie". Une observation ?

 Amirdine Abdou : J’ai en effet assisté à un vrai match de qualification, les Cœlacanthes ont été très entreprenants avec beaucoup d’envie et d’agressivité. Cette équipe a joué avec le cœur et de la détermination. Par ailleurs, comme je l’ai toujours dit les supporteurs sont fantastiques, ils représentent vraiment le 12e homme sur le terrain. Et forcement ça ne peut que permettre à une équipe de se surpasser. Malheureusement, on a manqué de vigilance sur cette fin de match et on aurait pu mieux gérer cette période qui était importante. Malgré cela je tiens à féliciter Chamitet et son staff pour le travail accompli. Parce qu’être à la tête d’une équipe en Afrique, cela n'est jamais évident. Surtout quand on est originaire de son pays. Il y a plus d’exigence de la part des supporteurs. J’ai pu le vivre en direct depuis la tribune. Nul n’est prophète dans son pays.

Question : Au vu du petit exploit (2-1) acquis à l'aller, existe-t-il une chance à un ou plusieurs éléments de cette équipe d’intégrer une présélection des Cœlacanthes (A) ?

 A.A. : Bien sûr, lorsque je fais la sélection, elle est toujours faite sur les meilleurs joueurs qui jouent au plus haut niveau et les plus en forme. Certes le championnat comorien n’est pas le championnat le plus attractif, mais il y a toujours des éléments qui sont de qualité. Un joueur qui intègre l’équipe nationale gagne en expérience et a la chance de découvrir le haut niveau. La compétition du Chan est différente de la Can. Tous ces éléments doivent être pris en compte. La comparaison n'est pas "faisable" à mes yeux. De plus, il est important que le joueur comorien intègre davantage des notions comme la discipline, la rigueur ou encore l’exigence du haut niveau. Par exemple, lors de mes rassemblements, les joueurs locaux avaient du mal  à intégrer la notion de respect de l’horaire des repas et des rassemblements en salle. La discipline est très importante. La force d’un joueur qui joue dans le championnat comorien est la combativité et la détermination, il manque par contre l’aspect tactique et la gestion de l’aspect émotionnel par rapport aux joueurs qui évoluent en Europe. Mais j’apprécie certains joueurs qui peuvent dépanner et je sais qu’ils répondront présent à mes sollicitations.

Question : Vous préparez une grande échéance (Can, Cameroun), que faut-il aux Comoriens pour accéder enfin à une phase nationale ?

 A.A. : Alors vous voyez, tout le monde parle du Maroc et du Cameroun, mais encore une fois vous ne vous posez pas de question concernant la manière dont l’équipe va se préparer pour jouer contre ces cadors africains. Je trouve cela regrettable. Chez nous aux Comores on est souvent dans l’engouement et on oublie tous les paramètres qui sont à maîtriser. On focalise uniquement sur la victoire. Alors que nous bataillons déjà pour organiser des rencontres, ne serait-que pour jouer des matches amicaux.  A titre d’exemple, nous sommes bientôt en septembre et nous n'allons pas jouer faute de moyens, ainsi nous ne pourrons pas faire de rassemblements lors des prochaines dates Fifa. Est-ce que vous trouvez ce fonctionnement normal ? Vous souhaitiez que nous ayons des résultats et qu’on participe à une Can mais il faudrait que certains préalables soient remplis. Pour aller chercher un résultat, pour être performant dans une compétition et que cette sélection puisse grandir il faut structurer la préparation à chaque compétition et débloquer des fonds.

Par ailleurs, le football comorien doit se doter d’Écoles de Football dans les clubs. La préformation est une transition à la formation. Il conviendrait d’envisager une rénovation de l’académie et des infrastructures. Il faudrait également investir dans la formation des éducateurs. Pour ce faire, il faut des moyens financiers et des investisseurs. Il faudrait aussi que des joueurs expatriés s’imposent au Haut Niveau afin de donner une vitrine du football comorien.

Je prends l'exemple de la Mauritanie, qui est certes un pays plus grand que le notre mais un pays au départ où le football n’était pas structuré. Mais il y a eu une véritable décision politique de développer le football. Ils ont ainsi tout mis en œuvre pour réussir dans ce sport. Regardez, ce pays vient de se qualifier pour le Chan. Il détient un championnat structuré, des infrastructures de qualité et je ne parle pas des éducateurs. C’est la réussite d’un pays et non seulement d’une fédération.

De notre côté, si le pays veut franchir un cap, il faut qu’on continue à avancer ensemble afin de créer une unité pour que les résultats soient au beau fixe. Nous avons déjà initié des rencontres avec l’État et démarrer récemment une réflexion autour des ambitions sportives en matière de football. Il est pour autant difficile de me projeter sur la rencontre avec le Cameroun, parce qu'on est malheureusement très en retard sur la préparation comparativement aux autres pays. Mais je tiens à assumer pleinement mon rôle et faire en sorte de se battre pour continuer à avancer en œuvrant tant auprès des politiques que des investisseurs. En tant que sélectionneur, je reste positif parce que je crois au développement du football comorien et je crois un jour à la qualification insha AllAH''

Question : Un dernier message ?

A.A. : Conserver la foi en cette jeune sélection qui progresse peu à peu. Il faut faire preuve de patience et que le peuple comorien contient à supporter la sélection en venant au stade. Sans oublier que les supporteurs ne témoignent pas leur déception par la violence. Pour ce qui est de l’avenir, il ne s’agit pas de le prévoir, mais de le rendre possible.

 

Propos recueillis par Bm Gondet

 

 

 


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