Lors de la troisième journée du Championnat régional de Ngazidja, des débordements ont encore émaillé le football comorien. Simultanément à Moroni et à Nioumadzaha, des pseudo-supporters en sont venus aux mains.
Les violences dans les stades reflètent en plusieurs points les maux qui rongent une société comorienne morcelée, émiettée et en manque de repère. Le football phénomène de société par excellence est devenu le lieu où s'expriment et se greffent tous les non dits de la société. La victoire surprise de l’Union Sportive de Selea (0-1) au dépend de Bonbon Ndjema au stade de Moroni a conduit quelques excités à en venir aux mains pour exprimer leurs frustrations mais, à côté de ce qui s’est passé à Nioumadzaha le même jour, c’est de la mer à boire. Pour une histoire sordide de positionnement des supporters, les deux camps se sont confrontés à coup de poings de baton et je ne sais trop quoi. Des soutiens de FC Male ont été touchés avec nous dit-on des objets contondants ou coupants du moins d'après les témoignages diffusés dans les réseaux après le match de Nioumadzaha.
Suite à ces événements malheureux, les autorités (ministère, fédération, ligue) ont décidé de suspendre les rencontres au niveau de Ngazidja. « A l’issue de la rencontre effectuée entre la Ligue et le Ministère de la jeunesse et des sports en cette même date (15 novembre), les matchs du jeudi 17 et du vendredi 18 novembre 2022 comptant pour la troisième journée (D2) sont reportés à une date ultérieure. Après les événements de la troisième journée, des réunions ont été tenues entre le ministère, la ligue, le commandant de la gendarmerie et le procureur de la république pour chercher les moyens de circonscrire les violences sur les stades. Suite à ces différentes réunions, les matchs des quatrièmes et cinquièmes journées de la division deux (D2, poule A et B) ainsi que ceux de la quatrième et cinquième journée de la première division (D1) seront joués à huis-clos », pouvait-on lire dans une note circulaire (22-23/LFNG/PR) qui date du 18 novembre 2022.
Cette note vient se rajouter à la décision de la Commission d’Homologation et de Discipline de sanctionner les supporters de l’Etoile des Comores. « Les supporters de l’Etoile des Comores sont suspendus pour toutes compétitions durant une période d’une année avec une amende de deux cents cinquante mille francs comoriens (250 000 FC) payable avant la prochaine journée », poursuit-il. En attendant la saisine de la commission d'appel, la CHD, s’appuyant sur les rapports de l’arbitre et du commissaire au match a décidé d’incriminer l'équipe de Nioumadzaha comme étant fautive. « Considérant que l'équipe recevant est censée assurer la police du terrain avant, pendant et après le match et que cette dernière a failli à ses responsabilités. Il a été décidé que l’'équipe Étoile des Comores jouera dans un terrain neutre le reste de ses matchs officiels », souligne cette note.
Ces décisions semblent satisfaire tout le monde, mais la réalité, ce n’est pas cela qui va empêcher d’autres écervelés de produire la même bêtise ou pire. Si on ne revient pas sur les fondamentaux de l'éducation civique, on risque d’assister à ces genres de scènes malgré les sanctions aussi lourdes soient-elles. Si les acteurs du football pensent que le fait de sanctionner suffit de réduire en silence les excités des stades, ils n’ont rien compris de la motivation de ces derniers. Au lieu de précipiter le retour sur les pelouses, il aurait fallu prendre un peu plus de temps pour faire un véritable état des lieux du football et des supporters à Ngazidja. Dans un pays ou on a la culture de résoudre les choses dans l’urgence, la passion prend toujours le pas sur la raison mais, ca on en sait que trop.
AS Badraoui
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