Dans les forêts humides et vivantes d’Anjouan, au cœur du site protégé de Bazimini, une jeune femme veille silencieusement sur les équilibres fragiles de la biodiversité locale. Nice Ryne Mohamed Elamine, originaire de Ouani, exerce depuis quatre ans le métier exigeant d’éco-garde au sein du Parc National du Mont Ntringui. Pour elle, ce travail va bien au-delà d’une simple fonction. C’est un engagement, un choix de vie.
« Ce qui m’a poussée à devenir éco-garde, c’est mon amour profond pour la nature. J’avais besoin d’agir concrètement, de me sentir utile. Aujourd’hui, chaque jour sur le terrain est une nouvelle opportunité de protéger ce qui compte vraiment. » Son quotidien est fait de longues marches à travers la forêt, de surveillance des aires sensibles, de suivi des espèces, mais aussi de sensibilisation des communautés. Elle connaît sur le bout des doigts les espèces endémiques de l’île : la roussette de Livingstone, le lémur mongoz, le petit-duc d’Anjouan. « Ce sont nos trésors, et ils sont menacés. Alors, on ne lâche rien. » Nice Ryne n’est pas seule dans ce combat. Grâce au Projet RNAP 2, cofinancé par le Gouvernement, le PNUD et le FEM/GEF, les éco-gardes bénéficient d’un cadre structuré, de formations, de moyens renforcés. Surtout, ce projet mise sur un principe fondamental : impliquer les populations locales dans la gestion des aires protégées.
Le projet RNAP 2, cofinancé par le Gouvernement comorien, le PNUD et le FEM/GEF, vise à renforcer la gestion des aires protégées tout en impliquant activement les populations locales dans la conservation. Nice Ryne y trouve un cadre structurant, mais aussi une vision partagée : celle d’un développement durable en harmonie avec la nature. « On ne protège pas la nature contre les gens, mais avec eux. On travaille main dans la main avec les villages, les associations, les ONG. C’est en créant des liens de confiance qu’on fait avancer les choses. » Le soutien du projet a permis de renforcer la présence des équipes sur le terrain, d’améliorer les équipements, et surtout d’intensifier les actions de sensibilisation. Une dynamique positive se met en place. « On sent que les mentalités évoluent. Les gens commencent à comprendre pourquoi certaines pratiques doivent changer. »
Mais le métier reste exigeant. Patrouilles sous la pluie, tensions lors des contrôles, fatigue physique... les épreuves ne manquent pas. Parmi les souvenirs marquants de sa jeune carrière, une nuit en forêt l’a particulièrement bouleversée. « On s’était égarés pendant une patrouille nocturne. Pas de réseau, que le noir et le silence des grands arbres. Grâce à notre formation et à notre sang-froid, on a fini par retrouver notre chemin. C’était intense… mais ça nous a soudés. » À 29 ans, Nice Ryne incarne une nouvelle génération d’acteurs de la conservation : lucides, engagés et résolument tournés vers l’avenir. « Ce que j’espère ? Que nos forêts soient non seulement préservées, mais valorisées. Que les jeunes s’impliquent, qu’ils comprennent qu’il n’y a pas de développement sans nature. » Et à celles et ceux qui rêvent de suivre ses pas, elle adresse un message inspirant : « Il faut aimer la nature, être curieux, persévérant, et surtout avoir envie de transmettre. Ce n’est pas un métier facile, mais il donne du sens à ce qu’on fait. Et notre pays en a besoin. » Avant de repartir en patrouille, sac sur le dos, regard franc et sourire aux lèvres, elle résume son engagement en une phrase simple mais puissante : « Protéger, c’est agir. Et moi, je suis fière d’agir pour mon pays, pour ma nature. »
Andjouza Abouheir
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