25 ans après la mise en place du visa Balladur qui a fait des milliers de morts sur la traversée maritime entre Anjouan et Mayotte, les Comores ont organisé le 18 janvier dernier une prière collective au lieu où a été érigée la première stèle à la mémoire des naufragés.
Outre le massacre de Majunga à Madagascar qui a fait près de 3000 morts, le bras de mer reliant Anjouan et Mayotte reste le plus grand cimetière que les Comores n'ont jamais connu, avec près de 20.000 morts. Des âmes que les Comores sont loin d'oublier car ce drame humanitaire se produit depuis l'instauration du visa Balladur le 18 janvier 1995 pour restreindre la libre circulation entre Mayotte et les trois îles sœurs de l’archipel.
25 ans après, une grande cérémonie en hommage de ceux qui y ont laissé leur vie a été organisée à l'école primaire de Mirontsy, lieu où a été érigée la première stèle en leur mémoire. « Avec la stèle que nous avons construite, nous voudrions lui donner tout son sens en organisant chaque année, le 18 janvier, date de mise en place du visa Balladur, une grande prière à laquelle serait conviée toute l'île », fait savoir Assoufoudinne Mohamed, un des initiateurs de ce projet.
Selon lui, il y a eu environ de 150 personnes venues de Domoni, Tsembehou, Ouani, Mahalé, Mutsamudu, Moya mais aussi des établissements scolaires notamment l'école Avenir de Ouani qui a répondu en masse à cette première prière et cela malgré les intempéries qui sévissent à Anjouan ces derniers jours.
Dans sa mémoire, poète-cardiologue qu’est Assoufoudinne parle d’un « un drame tragique ». Des faits qui méritent bien plus qu'une prière d'hommage. Et la présence de certains membres du gouvernorat insulaire à l'instar du secrétaire général du gouvernorat et son adjoint, prouve, si besoin est, l’importance politico-sociale de l'événement.
« Ce drame nous a débordé tel que nous avons oublié ce qui nous fonde dans nos racines, la prière, la relation sacrée avec nos morts. La douleur de ce drame collectif est vécue seule à l'échelle familiale, à l'échelle collective ces morts représentent un objet politique. Il faut que nous accordions nos cœurs et âmes pour vivre en chœur cette douleur comme l'ont toujours su faire nos ancêtres », devait abonder le poète. « Un mort est une tragédie, des milliers de morts une simple statistique », reprenant ainsi le célèbre écrivain Wole Soyinka qui évoquait ici le génocide de Rwanda.
A.O Yazid
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