À Ngazidja, 63 femmes ont été victimes de violences sexistes en 2025 et déjà six cas ont été signalés depuis le début de l’année 2026, dont la moitié concernent des violences économiques. Interrogé le dimanche 8 mars par nos soins, Mradabi Mziarani, responsable du service d’écoute à Moroni, dresse un constat lucide sur un fléau qui s’enracine au sein de la société et touche femmes et enfants.
Pendant que la communauté internationale se mobilise pour les droits de la femme, une réalité persistante demeure à Ngazidja : celle des violences sexistes. Mradabi Mziarani, responsable du service d’écoute à Moroni, dresse un constat lucide sur un fléau qui mute et s’enracine dans notre société. A Ngazidja, la violence ne se traduit pas toujours par des bleus visibles. Elle est psychologique et, de plus en plus, économique. Le mécanisme est systémique : des mariages précoces privent les jeunes filles d’éducation et de revenus propres. « Elles se retrouvent totalement dépendantes de leurs maris », explique Mradabi Mziarani. Cette précarité devient une arme pour l’agresseur. Porter plainte peut signifier risquer la misère.
Le poids des traditions renforce le silence : le terme « nachouza », stigmate social frappant la femme rebelle ou divorcée, agit comme une menace permanente. Les données du service d’écoute de Ngazidja pour 2025 constituent des indicateurs critiques : sur 262 signalements, 63 concernaient des femmes. En ce début d’année 2026, six cas ont déjà été recensés, dont la moitié concerne des femmes victimes de violences économiques croissantes. À Ndzouani, le décor change mais la douleur reste : les violences sexuelles y frappent surtout femmes et enfants. Face à cette détresse, la cellule d’écoute applique un protocole d’urgence : accueil, évaluation, puis suivi psychologique, médical ou judiciaire. « Notre priorité est d’identifier les besoins immédiats », souligne le responsable.
Mais le chemin vers la justice reste semé d’embûches. Si la collaboration avec les procureurs est saluée, le système des libertés provisoires reste une faille béante. Dans un contexte insulaire, l’évasion est aisée et les agresseurs, souvent des proches, peuvent revenir menacer leurs victimes, voire disparaître et manquer au rappel du tribunal. Pour Mradabi Mziarani, la solution n’est pas seulement judiciaire : elle est sociétale. Il plaide pour la fin de la stigmatisation et regrette l’individualisme croissant, exacerbé par le danger des réseaux sociaux. Son remède ? Un retour aux « valeurs d’antan », où la responsabilité communautaire primait. D’après lui, malgré le soutien de l’UNICEF, les moyens pour étendre la sensibilisation restent limités. Pour que ce mois de mars ne soit pas qu’une parenthèse de discours, le défi reste immense : transformer la peur en droits et la dépendance en autonomie. Briser le silence est le premier pas, mais c’est tout un système qu’il reste à reconstruire.
Hamdi Abdillahi Rahilie
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