La Gazette

des Comores

Violence à la brigade de Simboussa / L’adjudant-chef « ignorait » ce que c’est que la torture

Violence à la brigade de Simboussa / L’adjudant-chef « ignorait » ce que c’est que la torture © : HZK-LGDC

C’est la commission des droits de l’Homme qui rapporte cette information décapante et elle a recommandé une formation sur ce sujet au bénéfice des forces de l’ordre.


Une vidéo montrant une personne se faire malmener par les forces de l’ordre circule sur internet depuis le milieu de la semaine dernière. Il eut fallu attendre le week-end pour que et l’état-major et la commission nationale des droits de l’Homme et des libertés (Cndhl) se prononcent publiquement. Pour ce qui est de la Commission, le retard est dû à l’enquête qu’elle devait mener avant tout commentaire. Bien que la déclaration finale ne soit pas encore tombée, la Cndhl a préféré rendre publics les premiers éléments de l’enquête.

 

Ainsi la presse a-t-elle été invitée samedi dans les locaux de la Commission à la Coulée. La présidente Sitti Raghadat Mohamed a fait le récit des évènements. Elle rapporte que la victime des « tortures », munie d’un arrache-clou, avait tenté d’empêcher une réunion de sensibilisation sur le Sida qui se tenait à Nkurani ya M’kanga. Tel est le motif de son interpellation par l’armée, mise à contribution par le chef du village qui, soit-dit en passant, aurait essayé en vain de joindre la gendarmerie avant de jeter son dévolu sur la FCD.

 

Une fois à la caserne de Simboussa, une autre localité voisine, « le jeune homme faisait preuve d’arrogance et de manque de respect » selon l’adjudant-chef Soulaimana, commandant de ladite caserne, interrogé par la Commission. Ces affirmations se veulent une justification aux sévices qu’a subis le jeune homme. Ce qui semble ne pas convaincre la Cndhl qui a rétorqué dans la foulée en demandant à l’adjudant-chef s’il connaissait ce que voulait dire « torture ». « Il a reconnu qu’il ignore ce que c’est que la torture. Et nous avons recommandé une formation dans ce sens », poursuit Mme Raghadat.

 

Outre le jeune homme, sa mère aussi a été interpellée. Elle avait opposé de la résistance car elle considérait qu’elle n’avait pas à payer des actes de son fils déjà « majeur ». La dame a raconté à la Cndhl avoir subi des « tortures morales » qui ont provoqué ses menstruations avant l’heure. Elle affirme également qu’au moment de son interpellation elle a été balancée par terre qu’elle s’est blessé les genoux. Ce que réfute la FCD qui a émis le souhait d’avoir une confrontation avec la dame en question. Sur ce point, la Commission recommande aux forces de l’ordre de se munir de caméras embarquées au moment des interventions afin de permettre d’établir la vérité en cas de besoin.

 

Coté Armée, l’état-major a réagi au moyen d’un communiqué sorti le samedi 11. L’’état-major fait savoir que « les militaires impliqués dans la présente affaire ont agi isolément et de leur propre chef. Ils assumeront les conséquences de leurs actes ». Il réaffirme son « attachement indéfectible au respect strict des libertés individuelles et des droits de l’Homme tels que définis les différentes chartes et par notre Constitution ». Il réitère par la même occasion « sa ferme volonté d’éduquer son personnel dans le cadre de la formation continue et de continuer…à sanctionner de la manière la plus sévère toute atteinte aux droits de l’Homme ».

 

Pour rappel, des mesures disciplinaires ont été prises contre les gendarmes qui ont fait subir des tortures physiques atroces à 29 personnes samedi 20 janvier 2018 à la caserne de Mdé. Le peché de ces citoyens était de n’avoir pas porté sur eux leur carte d’identité nationale. Au moins trois gendarmes ont croupi dans un cachot, en « arrêt de rigueur » suite à deux enquêtes de commandement ouvertes et par l'état-major et par la gendarmerie nationale.

 

En février 2017, suite aux échauffourées qui ont éclaté au lycée de Moroni entre force de l'ordre et élèves, le chef de l’État avait également ordonné une enquête qui a abouti à des sanctions sévères contre les gendarmes qui ont malmené les futurs leaders du pays. Celui qui a tiré à bout portant sur un élève fut radié tandis que quatre autres, furent rétrogradés.

 

Malgré ces « efforts », force est de constater que l’État préfère parfois fermer les yeux sur certaines affaires pourtant gravissimes. Celle de Hamada Gazon, tué par une balle des gendarmes en décembre 2018 à Iconi, n’est toujours pas élucidée. Aucune sanction disciplinaire contre les auteurs n’a jamais été annoncée.

 

TM

 


Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.