Au moins trois individus impliqués dans un trafic de migrants entre la Tanzanie et Mayotte via les trois autres îles de l’Union des Comores, ont été arrêtés par les autorités. Ces dernières semaines, le pays a enregistré l’arrivée de plusieurs continentaux dont la destination est Mayotte, île comorienne sous administration française.
Trois personnes se trouvent entre les mains de la justice selon plusieurs sources concordantes. Elles seraient toutes impliquées dans un trafic de migrants. Le pays a connu ces dernières semaines plusieurs vagues de continentaux, essentiellement originaires des Grands Lacs, débarquées sur les côtés de Ngazidja alors qu’elles croyaient être arrivées à Mayotte. Le phénomène qui a débuté il y a cinq ans a eu une résonnance bien plus particulière ces deux derniers mois. Dernier épisode en date, ce boutre venu il y a une dizaine de jours avec une soixante-dizaine de migrants au départ abandonnés dans la région de Hambou avant d’être logés au commissariat central de police à Moroni.
Une crise qui fait office de baptême du feu pour le nouveau patron de la garde-côtes, Fahmy Husny El-Nassib, nommé fin octobre après une avalanche d’arrivées successives qui ont eu raison de son prédécesseur. Ainsi, Fahmy Husny El-Nassib nous confie que le premier passeur a été arrêté le jour de l’arrivée de l’embarcation dans le Hambou. Selon lui, le suspect âgé de 43 ans avait tenté de rejoindre les côtes à bord d’un kwassa avant d’être intercepté avec sa barque. Avec deux autres suspects, qui selon d’autres sources seraient tous affiliés au même réseau, ils auraient déjà été déférés devant le juge et inculpés pour « trafic illicite de migrants ». Ce que confirme une source judiciaire qui a lâché une nouvelle peu rassurante. A l’en croire, un des mis en cause avait déjà été relâché mais fort heureusement le procureur général près la Cour d’appel de Moroni aurait interjeté appel et obtenu gain de cause. On ignore à ce stade s’il est retourné en prison après la décision de la Cour d’appel ou s’il est encore dans la nature.
Une autre source, sécuritaire cette fois, assure qu’un des suspects était répertorié « depuis 2022 » dans le fichier des trafiquants recherchés par les autorités nationales. « C’est un gros bonnet », indique-t-elle. Et de préciser : « son arrestation comme celles des deux autres déstabiliseront certes le réseau et nous soulagera un tant soit peu, mais elles ne résoudront pas pour autant le problème. Dès qu’une tête tombe, elle est aussitôt remplacée par les chefs des réseaux basés à Dar es Salam ». Remplaçants qui sont bien évidemment recrutés aux Comores. La région de Maraharé à Anjouan est connue pour fournir le gros du lot des passeurs. « Les passeurs partent en Tanzanie par avion. Une fois sur place, le chef du réseau leur confie les passagers. Ils voyagent avec eux à bord de boutres et servent ainsi de guides ». L’on apprend qu’après « la livraison », ils repartent en Tanzanie par avion pour « une autre cargaison ». Le départ se fait, selon plusieurs sources concordantes, de la région de Mtwara.
Selon notre interlocuteur, un boutre de migrants rapporte aux trafiquants jusqu’à 225.000 dollars. Un voyageur pouvant débourser jusqu’à 3000 dollars pour faire la traversée. D’ailleurs, un des passeurs aurait été retrouvé avec « une somme d’argent » sur lui selon le patron du garde-côte. Pour décourager les arrivées, les autorités ont déjà employé des méthodes pour le moins peu conventionnelles. « En pleine nuit, quand nous recevions l’alerte, nous déployions des bonhommes au large pour les repousser. Méthode qui avait le mérite de fonctionner puisque les passeurs rebroussaient chemin », fait savoir notre source judiciaire, qui n’a par ailleurs pas indiqué pourquoi les autorités ont cessé d’user de cette méthode controversée.
Devant l’ampleur du phénomène, les voix au sein de l’appareil sécuritaire et judiciaire s’accordent sur le fait que la véritable solution réside dans une action diplomatique concertée. « Nous n’avons pas plusieurs options sur la table. Notre pays doit dès à présent mettre tous les moyens en œuvre pour négocier avec la Tanzanie afin de stopper à la source les départs de ces embarcations. Sinon on doit construire des camps de réfugiés pour les accueillir, une idée que le chef de l’État refuse d’entendre », expliquent-elles. Selon des sources concordantes, les migrants interceptés sont transférés à Anjouan et à partir de là, filent en douce vers Mayotte. Une politique non assumée par les autorités comoriennes qui refilent ainsi la patate chaude aux autorités qui administrent l’île comorienne de Mayotte.
Toufé Maecha
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