Dans une vidéo devenue virale depuis quelques jours sur les réseaux sociaux, une jeune mère de trois enfants raconte, la voix tremblante mais déterminée, le viol qu'elle aurait subi alors qu'elle n'avait que 5 ou 6 ans. Un témoignage d'une précision bouleversante qui rouvre la question du silence imposé aux victimes de violences sexuelles faites aux enfants et de l'absence d'écoute au sein du cercle familial.
Il y a des paroles qui mettent des décennies à sortir. Celle de cette jeune femme, aujourd'hui mariée et mère de trois enfants, a mis près de vingt ans à trouver le chemin de la parole publique. Depuis quelques jours, son témoignage filmé circule massivement sur TikTok et Facebook. Elle ne porte plainte contre personne nommément sur la place publique, elle raconte ce qui lui est arrivé, enfant, à Dzahani latzidje, chez sa tante paternelle. Elle passait ses vacances à s'amuser avec ses copines, Mouzda, Latufa, Chaïma, rassemblées devant la maison de la mère de Chaïma. Le contexte, tel qu'elle le restitue avec une mémoire d'une clarté troublante, est celui de vacances scolaires dans ce village de son père. Un jour, sa tante la charge d'une course, acheter du pain à l'épicerie du quartier. Sur son trajet, c'est là qu'un homme du quartier, qu'elle désigne sous le prénom de Hamada et qui occupait une petite cabane non loin de là, l'aurait interpellée. Selon son récit, l'homme, proche de son père, lui aurait demandé où elle se rendait. Elle lui aurait répondu qu'elle allait chercher du pain pour sa tante. Il lui aurait alors proposé d'entrer dans sa cour pour y prendre de l'argent afin qu'elle s'achète la même chose.
La victime décrit avec minutie les lieux, comme si la scène s'était figée dans sa mémoire d'enfant : une cour plantée d'ananas, de jacquiers et de cocotiers. Elle affirme que l'homme lui a offert des morceaux de fruits et de l'eau de coco avant de l'inciter à entrer dans sa cabane. Une fois à l'intérieur, il aurait fermé la porte. Elle y décrit un lit recouvert d'un drap bleu avec des motifs jaunes ainsi qu’une petite télévision allumée. C'est à ce moment que l'agression sexuelle aurait eu lieu. D'une voix posée, la jeune femme explique qu'elle était alors une enfant naïve, qui ne comprenait pas ce qui lui arrivait, si ce n'est la douleur. Une fois les faits accomplis, l'homme l'aurait raccompagnée jusqu'à proximité de la maison de la mère de Chaïma. Elle dit avoir saigné et n'avoir eu aucune notion du temps passé à l'intérieur de la cabane.
Le plus déchirant dans son témoignage n'est peut-être pas le crime lui-même, mais ce qui a suivi. Après des longues heures à l’extérieure du toit familial, sa famille, inquiète de son long retard, aurait alerté son père qui se trouvait à son atelier de couture. Mais à son arrivée, aucune question ne lui aurait été posée. « Personne ne m'a demandé où j'étais, ni avec qui j'étais », se souvient-t-elle, non sans amertume. Au lieu de l'écoute, elle affirme avoir reçu des coups et avoir été battue pour son retard. Rongée par la douleur physique et la peur après cette punition, elle a gardé le silence. « Si seulement on m'avait demandé où j'étais, pourquoi ce retard, j'allais tout dire. Je n'étais qu’une enfant », lance-t-elle aujourd'hui. Elle raconte s'être douchée seule le soir, tout en continuant de saigner, avant de se coucher avec d'intenses douleurs.
Si ce témoignage suscite une vague d'émotion et de soutien, il met en lumière deux fléaux persistants : la vulnérabilité des enfants confiés à des membres de la famille élargie pendant les vacances, et la culture du silence et de la culpabilisation qui entoure les violences sexuelles. Dans de nombreux cas, la peur d'être punie, de ne pas être crue, pousse la victime à s'enfermer dans un mutisme qui dure toute une vie. Aujourd'hui, en brisant ce silence, cette mère ne demande ni vengeance publique ni lynchage. Son acte est un appel à écouter les enfants.
El-Aniou Fatima
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