La Gazette

des Comores

Société : Le ras-le-bol

Société : Le ras-le-bol © : HZK-LGDC

Depuis quelques semaines, les comoriens vivent des moments pénibles. Ils sont privés de deux sources de vie. Dans la capitale, Moroni, les gens peinent à s’approvisionner en eau et en électricité.


Tout simplement incroyable. En 2024, l'Union des Comores n'arrive toujours plus à fournir de l'eau et de l'électricité à ses quelques 800 000 habitants. Mais cette fois-ci, la situation se dégrade de jour en jour. Pour l’eau, le calvaire a commencé depuis l’année dernière lorsque la société nationale d’exploitation et de distribution de l’eau (Sonede) a lancé des travaux de réhabilitation de son réseau et de ses citernes de stockage. Un projet qui devrait durer 12 mois semble s’éterniser. Et cette fois, la situation devient de plus en plus compliquée car dans la capitale aucune goutte d’eau ne coule sous le robinet. « Nous avons lancé un projet pour la réhabilitation de nos citernes et du réseau. Mais les travaux avancent lentement. Nous avons réhabilité une citerne et maintenant, on s’attaque à la plus grande appelée RB 2000. Les travaux doivent durer 3 mois », explique un responsable de la Sonede. Toutefois, ce n’est pas toujours rassurant. La population n’en croit pas un mot.

« Ça fait déjà un mois que nous souffrons de pénurie d’eau dans la capitale et cette société n’a même pas daigné s’expliquer. Récemment, on nous parle d’un problème de pompe et ce n’est pas du tout vrai. Donc on comprend qu’on ne nous dit pas la vérité », déplore Nourayat Ali, une jeune fille qui habite au quartier Mboueni. Et d’ajouter : « voir la situation revenir à la normale dans trois mois, je n’en crois pas. Dois-je attendre jusqu’en 2025 ? ». Un autre problème pointé du doigt par la population, c’est l’attitude de la société vis-à-vis des camions citernes. La Sonede semble privilégier ces derniers au détriment de ses milliers de clients abonnés. « Ce qui les intéresse c’est l’appât du gain immédiat que génère la vente d’eau à la station de pompage de Vouvouni, car ça fait rentrer de l’argent rapidement », souligne Fatima Salim qui habite au quartier Graphica.

Pour clamer la colère des consommateurs désabusés, la Sonede a mis en place un programme d'approvisionnement en eau par camion-citerne. « Cette opération se déroule en étroite collaboration avec la Mairie de Moroni, qui joue un rôle essentiel dans sa mise en œuvre. Nous tenons à préciser que la programmation des interventions est entièrement à la charge de la mairie de Moroni, qui coordonne nos efforts et nous guide dans le choix des lieux à approvisionner durant cette période de réhabilitation du réservoir RB 2000 », lit-on sur la page Facebook de la Sonede.

Autre sujet de préoccupation des comoriens c’est l’électricité. Dans la capitale comme pour les régions périphériques, les coupures intempestives d'électricité deviennent systématiques ces derniers mois. Pourtant, avant le mois de ramadan, le gouvernement avait débloqué 4 milliards de francs comoriens dont 2 milliards pour l'achat de trois groupes électrogènes et 2 milliards pour des pièces de rechange pour la révision. Jusqu'à présent, les pièces ne sont toujours pas arrivées, ce qui a empiré la situation dans les centrales de Voidjou et Itsambouni. « On est à bout de souffle. Nous sommes privés de deux sources de vie. Le gouvernement fait la sourde oreille. C'est incroyable que les deux sociétés jumelles Sonelec et Sonede n'arrivent pas à nous alimenter en eau et en électricité. Il te faut 5000 FC par jour pour t’approvisionner en eau par des livreurs informels », déplore Fahad Abdou jeune résidant à Moroni Asgaraly.

Pareil pour les femmes d'Iconi qui ont battu le pavé hier lundi pour exprimer leur indignation. « On en a marre de cette situation. Même les je-viens s’en vont, écourtant leur séjour, à cause de ces coupures d'électricité qui pourrissent leurs vacances. On ne peut même rien stocker faute de courant. Personne n’a envie de consommer des produits congelés dans ces conditions. Nous sommes fatigués, le responsable de la Sonelec et le gouvernement doivent faire quelque chose », a fustigé une quinquagénaire indignée, en tête de la manifestation.

Nassuf Ben Amad

 

 


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