La Gazette

des Comores

Réserves marines : Les pêcheurs réclament un statut légal

Réserves marines :  Les pêcheurs réclament un statut légal © : HZK-LGDC

L’association d’Anjouan Malezi Mema, pionnière avec la réserve de Vassy, s'est vu remettre le prix international Ocean Awards 2026 pour sa gestion exemplaire des ressources marines, lors d’un forum inter-îles organisé par l’ONG Dahari sous le haut patronage du gouvernorat à Mirontsi, le 20 août dernier. Forts de ce prestige, les pêcheurs artisanaux de l’archipel réclament désormais l'ancrage de leurs initiatives communautaires dans le droit national, un enjeu au cœur de l'objectif « 30×30 » affiché par le gouvernement.


Au pays, la préservation de l'océan ne s'attend plus depuis les ministères, elle se bâtit sur les plages et dans les villages. Face à l'épuisement des stocks halieutiques, les communautés côtières ont pris les devants en instaurant leurs propres règles de gestion marine. Une approche citoyenne qui porte aujourd’hui ses fruits, mais qui se heurte désormais à un plafond de verre celui de l'absence de cadre juridique national. L'illustration de cette dynamique s'est jouée le 20 août dernier à l’École nationale de pêche de Mirontsi (Anjouan). Lors d'un forum rassemblant des représentants de Grande Comore, Mohéli et Anjouan, l’association anjouanaise Malezi Mema s'est vu décerner le prestigieux prix Impact Communautaire des Ocean Awards 2026, attribué par BOAT International et la fondation Nekton. Un trophée qui vient saluer des années de gouvernance locale et d'autorégulation.

Pourtant, derrière la satisfaction des médailles, le constat reste fragile pour les acteurs locaux. Ces réserves villageoises reposent entièrement sur des arrangements coutumiers. Sans assise légale, ces règles demeurent difficiles à faire respecter face aux pressions extérieures et aux projets d'aménagement côtiers. Sur le plan écologique, l'efficacité de ces fermetures de zones ne fait plus débat. La réserve marine permanente établie en 2021 à Vassy démontre l'impact immédiat de ces mesures notamment la régénération de la biodiversité, retour d'espèces disparues et augmentation des captures en périphérie. « Depuis qu’on a installé la réserve, des espèces de poissons qu’on ne trouvait plus sont de retour », confirme Ismael Abdou, membre de Malezi Mema. L'effet d'entraînement dépasse désormais Vassy.

Dans la région de Moya, d'autres groupes ont emboîté le pas. Même sur les autres îles, le modèle inspire : « Ce qui m’a marquée lors de mon séjour à Anjouan, c’est la mise en place de ces réserves où la pêche est totalement proscrite et les règles bien respectées », témoignait Fatouhia Boina, participante venue de Fomboni (Mohéli). Pour les pêcheurs comoriens, l'heure n'est plus à la simple démonstration de leur savoir-faire, mais à l'institutionnalisation. Devant les participants à Mirontsi, le Ministre de l’Environnement, Abubakar Ben Mahamoud a rappelé la volonté de l'État d'atteindre l'objectif « 30×30 » c’est-à-dire protéger 30 % des espaces marins d'ici 2030, un plan qui prévoit explicitement la reconnaissance de la gestion communautaire dans la loi. L'enjeu est désormais d'inscrire cette promesse dans les textes. Donner un statut juridique officiel à ces réserves permettrait d'en assurer la pérennité et de garantir aux pêcheurs artisanaux une voix délibérative dans les décisions concernant leur littoral.

Mohamed Ali Nasra

 

 


Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.