La régulation du transport urbain refait surface dans le débat public comorien. Sécurité des passagers, respect de la réglementation, équilibre économique du secteur : les témoignages recueillis auprès de membres de la société civile et des acteurs du transport mettent en lumière des dysfonctionnements persistants qui appellent une réponse institutionnelle claire et structurée.
Sur le terrain, la situation est devenue difficile à ignorer. À Moroni comme dans d’autres centres urbains, plusieurs observateurs relèvent une évolution notable du paysage du transport urbain, marquée par une diversification des profils de chauffeurs et une augmentation de l’offre de taxis. Si cette dynamique peut améliorer la disponibilité des véhicules, elle soulève également de nombreuses interrogations en matière de sécurité et de conformité aux règles en vigueur. Pour Rahadat Moumini, agent à l’ASECNA, la question centrale demeure celle du contrôle et de la sécurité des usagers. « Les inquiétudes exprimées par certains passagers concernent principalement la conduite, le manque de repères clairs et la difficulté d’identifier les chauffeurs en cas de problème », explique-t-elle. Elle évoque également des irrégularités administratives récurrentes. « Des cas d’absence de permis ou d’assurances sont régulièrement signalés. Ces manquements nourrissent un sentiment d’insécurité et provoquent des tensions au sein du secteur. »
Tout en appelant à éviter les généralisations, elle insiste sur la responsabilité des pouvoirs publics. « Tous les chauffeurs ne sont pas concernés. Le véritable problème réside dans le manque de contrôle et de réglementation. Un renforcement des contrôles, une formation obligatoire et l’application stricte des lois existantes sont indispensables. » Même constat chez Seda Ibrahim Biladi, superviseur en sûreté aéroportuaire, qui observe une présence aujourd’hui plus marquée de chauffeurs non clairement identifiés qu’il y a quelques années. « Cette évolution a certes permis une meilleure disponibilité des taxis, mais elle pose des questions sérieuses en matière d’équité et de sécurité. » Selon lui, certains exercent en dehors du cadre légal. « L’absence d’assurances adéquates ou de contrôles techniques réguliers met directement en cause la sécurité des passagers, notamment en raison du manque de traçabilité ». Il souligne également les difficultés de communication rencontrées par certains usagers. « Lorsqu’un chauffeur ne maîtrise pas suffisamment la langue officielle, cela peut constituer un risque supplémentaire dans des situations d’urgence ou de malentendu. »
Du côté des organisations professionnelles, le secrétaire général du syndicat des transporteurs Usukani Wa Masiwa reconnaît l’existence de failles importantes dans le dispositif actuel. « Il s’agit d’erreurs qui nécessitent un suivi rigoureux. Les permis de conduire sont délivrés par des personnes qualifiées. Or, il y a un problème. Nous l’avons constaté et nous l’avons signalé, mais aucun progrès significatif n’a été réalisé en matière de sécurité des citoyens. » Il assure toutefois que la question sera traitée dans les plus brefs délais. « Dans l’intérêt de la sécurité de tous, nous allons nous pencher rapidement sur cette situation. » Le débat trouve aussi un écho auprès des jeunes. Yousra Houssein, étudiante à l’École de santé, indique ne pas avoir été directement confrontée à ces situations. « Personnellement, je ne l’ai pas expérimentée. Les taxis que j’ai pris jusqu’à aujourd’hui étaient conduits par des Comoriens, issus de différentes îles. »
Elle estime toutefois que si le phénomène est avéré, il mérite une attention sérieuse. « Les autorités ne devraient pas prendre cette situation à la légère. De nombreux Comoriens gagnent leur vie dans ce secteur, et il est important de garantir des règles justes pour tous. » La sécurité demeure, selon elle, une priorité. « Il serait pertinent de mettre en place un système d’identification clair : chaque taxi devrait être enregistré et reconnu par les autorités afin qu’un usager puisse retrouver le chauffeur concerné, en cas de litige. »
Un ancien enseignant d’histoire à l’Université des Comores adopte pour sa part une approche plus libérale. « Je ne vois aucun inconvénient à ce que des étrangers, autorisés à séjourner légalement, exercent un métier dès lors qu’ils remplissent les conditions requises. » Il regrette toutefois le relâchement des contrôles aux frontières. « Nos frontières sont devenues trop perméables, aussi bien dans les aéroports que dans les ports maritimes, ce qui complique la régulation de nombreux secteurs. »
Au final, les témoignages convergent vers une conclusion claire : le problème du transport urbain aux Comores ne tient ni à l’origine des chauffeurs ni à leur nationalité, mais à l’absence d’un cadre réglementaire lisible, équitable et effectivement appliqué. Une régulation renforcée permettrait à la fois de protéger les usagers, d’assurer une concurrence loyale entre professionnels et de garantir le respect des droits de toute personne exerçant légalement dans le secteur. À défaut, le vide institutionnel continuera d’alimenter les tensions, au détriment de la cohésion sociale et de l’ordre public.
Mohamed Ali Nasra
Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.

© : HZK-LGDC