En ce début de la récolte, le kilogramme coûte au prix vil de 2000 francs au marché à Anjouan contre plus de 10 euros à La Réunion. Le litchi comorien, reconnu pour sa saveur exceptionnelle et sa qualité naturelle, est bien plus qu’un fruit de saison. C’est un trésor national dont la valeur repose sur un travail souvent invisible. Pendant près de 45 jours, au cœur de la maturation, les vergers deviennent le théâtre d’une lutte incessante contre rats, lémuriens et roussettes, tous irrésistiblement attirés par cette pulpe sucrée. Les agriculteurs, privés de sommeil, montent la garde chaque nuit pour préserver une récolte qui constitue leur principale source de revenus.
Les rats grimpent aux arbres avant même la maturité complète, les makis déferlent par vagues agiles en plein jour, tandis que les roussettes, redoutables en bandes nocturnes, dévorent branches entières avant l’aube. Cette prédation massive est d’autant plus complexe que plusieurs de ces espèces sont protégées, empêchant toute méthode létale. Résultat : seuls le bruit, la lumière, les cris et la présence humaine permettent de dissuader les intrus. Les habitants décrivent cette période comme un marathon épuisant. M. Saïd Ali, cultivateur, témoigne de “45 nuits sans sommeil”, durant lesquelles chaque famille veille sous les étoiles pour sauver l’unique richesse de la saison.
Cette réalité met en lumière un défi plus large : celui du manque d’investissements agricoles modernes. Malgré une demande croissante pour le litchi comorien, les pertes restent élevées à cause du maraudage animal et de l’épuisement humain. Les spécialistes pointent la nécessité d’introduire des solutions non-létales innovantes, filets protecteurs, détecteurs acoustiques, dispositifs lumineux automatisés, capables de protéger les arbres sans perturber l’écosystème. Pour le Dr Hachim, agronome, cette situation reflète « un dilemme entre conservation et subsistance », nécessitant un soutien institutionnel afin de moderniser la filière.
Le litchi des Comores, réputé parmi les meilleurs de la région, pourrait devenir un produit d’exportation stratégique et un véritable levier économique. Mais pour cela, il faut transformer la souffrance silencieuse des veilleurs de nuit en une réussite agricole durable. Cet “or vert” ne manque pas de potentiel ; ce qui lui manque, c’est la reconnaissance et l’appui technique à la hauteur de sa valeur. Le litchi comorien se brade au prix des nuits blanches sans trésorerie confortable" insiste Dr Hachim. En haute saison, on achète même à moins de 1000fc.
Younes
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