La tension entre Moroni et Antananarivo autour du refoulement du navire Acadie n’a été absolument pas évoqué mercredi dernier à Beit-salam. Le silence du conseil des ministres comorien contraste avec la réaction malgache après l’incident impliquant le bateau Acadie, interdit d’accoster à Mahajunga pour des raisons sanitaires liées au choléra. Alors que les autorités comoriennes dénoncent une décision unilatérale et injustifiée, Madagascar défend des mesures préventives. Un malentendu persistant qui met à l’épreuve les relations bilatérales entre les deux pays, déjà fragilisées par la suspension des liaisons aériennes, depuis quatre ans.
Aucun mot sur la question des relations entre Moroni et Antananarivo lors du dernier conseil hebdomadaire des ministres, tenu ce mercredi 23 octobre. Pourtant, à Antananarivo, un communiqué est sorti à l'issue du conseil des ministres de la semaine dernière, mettant en lumière les tensions croissantes entre les deux nations. Ces tensions ont pris une nouvelle ampleur après l'incident impliquant le bateau (Acadie), refoulé au port de Majunga pour des raisons « sanitaires ».
Le jeudi dernier, le navire Acadie, qui transportait plus de 280 passagers, a été interdit d'accoster à Majunga, une décision qui a immédiatement provoqué une réaction des autorités comoriennes. Selon le ministère comorien des Affaires étrangères, « il s'agit d'une décision unilatérale », justifiée par les autorités malgaches par la crainte d'une épidémie de choléra en provenance des Comores. Les Comores ont fermement rejeté cette explication, soulignant qu'aucune alerte sanitaire majeure n'avait été émise par l'Organisation mondiale de la santé (OMS) concernant une telle épidémie. Ce refus d'accueillir le bateau Acadie s'inscrit dans un contexte de relations tendues, qui avaient déjà été marquées par la suspension des liaisons aériennes entre les deux pays il y a quatre ans. Les autorités comoriennes ont vivement dénoncé cette mesure, la qualifiant « d'injustifiée » et de « contradictoire avec les liens d'amitié et de bon voisinage » qui existent historiquement entre l'Union des Comores et Madagascar.
Quelques heures après le retour du bateau (Acadie) à Mutsamudu, le gouvernement malgache a réagi par un communiqué du ministère des Affaires étrangères. Ce communiqué défend la décision de Madagascar, précisant que la fermeture des ports aux navires en provenance des pays touchés par le choléra était une « mesure préventive ». Le communiqué justifie cette fermeture par une note émise par les autorités comoriennes elles-mêmes, le 16 octobre dernier, mentionnant de nouveaux cas de choléra dans le pays. Le ministère malgache a déclaré que ces « mesures visent à protéger la population malgache » contre la propagation d'une maladie hautement contagieuse. Toutefois, il a précisé que les navires en provenance des Comores seraient toujours autorisés à accoster dans les ports malgaches, à condition de respecter une interdiction stricte de débarquement des passagers.
En ce qui concerne la réouverture des liaisons aériennes entre les deux pays, le communiqué malgache a mentionné que « des pourparlers sont en cours entre les gouvernements respectifs » pour garantir que toutes les conditions de sécurité soient réunies. Le ministère des Affaires étrangères de Madagascar a également tenu à souligner que cette décision « n'altère en rien les relations fraternelles » entre les deux nations. Il a exprimé la disponibilité du gouvernement malgache à poursuivre le dialogue avec la représentation diplomatique comorienne à Antananarivo.
Cependant, cette situation crée un « fossé croissant » entre les deux pays. Le « gouvernement comorien » a réagi en publiant un communiqué exprimant son regret face à cette décision. Le refoulement du navire « Acadie », transportant des passagers vulnérables, notamment des femmes enceintes et des enfants en bas âge, a été perçu comme une atteinte aux « relations bilatérales » et une décision dénuée de « fondement sanitaire clair », selon le gouvernement comorien.
Ibnou M. Abdou
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