La Gazette

des Comores

Quand les Mashouhoulis nourrissent aussi les maladies chroniques

Quand les Mashouhoulis nourrissent aussi les maladies chroniques © : HZK-LGDC

La saison des grands mariages bat son plein. Faste, honneur familial et tables qui débordent, le Mashouhouli fait la fierté des villages. Mais derrière la convivialité, soignants et spécialistes alertent sur des excès répétés aux effets durables, dans un pays où diabète et hypertension progressent inexorablement.


En cette période, les cérémonies de Mashouhouli occupent une place centrale dans la vie socioculturelle au pays. Les week-ends riment avec cortèges, youyous et bangwe bondés. Chaque famille veut réaliser son « Anda » (grand mariage coutumier), pilier de l’identité comorienne et marqueur de réussite sociale. Rassemblant des centaines d’invités autour de buffets interminables où la générosité se mesure à l’abondance. Refuser un plat est un affront, se resservir est un honneur. L’alimentation y devient langage et statut social, bien plus qu’un simple besoin nutritionnel quotidien. Derrière les pagnes et les orchestres, d'autres réalités s’invitent à table. Elles sont caractérisées par une succession de repas copieux, composés de nombreux menus riches en glucides (riz), en viandes rouges, en matières grasses, en sel et en boissons sucrées. Les participants, majoritairement des adultes et des personnes âgées, souvent peu actifs physiquement, assistent à plusieurs festins au cours d’une même journée ou sur plusieurs jours. Ces pratiques alimentaires, profondément enracinées dans les traditions et les normes sociales, sont difficiles à modifier.

 

Mais cette abondance assumée a un revers que les blouses blanches voient de près. Notamment par la problématique qu’est la répétition de repas hypercaloriques, associée à une faible activité physique, laquelle constitue un facteur de risque majeur de surpoids, d’obésité et de maladies non transmissibles, telles que le diabète de type 2, l’hypertension artérielle, les maladies cardiovasculaires et certains troubles digestifs. Ce contexte représente un véritable enjeu de santé publique aux Comores, où la prévalence de ces pathologies est en constante augmentation. Pourtant, le débat n’est pas de renoncer à la culture. Le nutritionniste Hachim Abdoulfatahou l’explique : « Il ne s’agit pas d’opposer tradition et santé, mais de les faire dialoguer ». Une approche conciliant préservation des traditions et promotion de la santé apparaît alors nécessaire. Selon le spécialiste en nutrition, celle-ci pourrait reposer sur la sensibilisation aux pratiques alimentaires plus équilibrées, notamment par la réduction des portions, l’augmentation de la disponibilité de légumes, de fruits, de poissons et d’eau, ainsi que la limitation des aliments riches en sel, en matières grasses et des boissons sucrées.

 

Par ailleurs, il est recommandé d’encourager une activité physique légère après les repas, telle que la marche, en évitant les comportements sédentaires prolongés. Enfin, la promotion d’une activité physique régulière auprès de l’ensemble de la population, indépendamment de l’âge ou du sexe, devrait être intégrée aux stratégies de prévention.” Au fond, c’est la manière même de célébrer qui est interrogée. L’objectif étant de contribuer à la prévention des maladies non transmissibles et à l’amélioration de l’état de santé de la population comorienne, tout en respectant les valeurs culturelles et les traditions associées au Machouhouli.

 

Le défi n’est donc pas en aucun cas de bannir le Machouhouli, mais de l’adapter intelligemment. Acteurs de santé et notables plaident pour un Anda plus sobre sans perdre son prestige : poisson grillé, brèdes locales, fruits de saison, eau fraîche et portions raisonnées. Car après tout, préserver la culture tout en protégeant la santé, c’est célébrer la vie sans hypothéquer l’avenir sanitaire de ceux qui la font vivre ensemble et durablement.

 

Hamdi Abdillahi Rahilie

 


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