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Quand la pauvreté défie la loi à Mutsamudu

Quand la pauvreté défie la loi à Mutsamudu © : HZK-LGDC

À Mutsamudu, la misère pousse certains habitants à braver à la fois le danger et la loi. Malgré l’interdiction formelle du nivellement manuel des roches, décrétée le 15 septembre par le préfet Ali Boura et le maire Amri Elarisse Mohamed, des hommes continuent de creuser… la nuit.


Dans la carrière de Dindrihari, théâtre de plusieurs drames, dont celui qui a coûté la vie à deux ouvriers en 2024, on aperçoit encore des silhouettes à la lueur des lampes torches. À mains nues ou munis de simples marteaux, ils frappent la roche dans un silence troublant. Mardi soir encore, un petit camion attendait, moteur ronronnant, prêt à emporter sa cargaison de pierres sous le couvert de l’obscurité. Ces activités clandestines ne sont pas un simple acte de défiance. Elles racontent le désespoir d’une population coincée entre la faim et la peur. Les autorités ont pourtant été claires : toute opération de nivellement manuel est désormais prohibée.

Seuls les engins de terrassement pelles mécaniques, bulldozers ou niveleuses sont autorisés, et uniquement après approbation officielle du service de l’urbanisme. Mais dans les ruelles de Mutsamudu, ces règles semblent appartenir à un autre monde, celui où le ventre plein ne pousse pas à la désobéissance. « Nous restons fermes, car une vie perdue ne se récupère pas », rappelle la note municipale. Pourtant, nuit après nuit, le même scénario se répète. Des hommes parfois accompagnés de mineurs s’aventurent sur les pentes rocheuses, conscients du danger mais résolus à survivre. En quinze mois, cinq morts ont déjà été recensés sur l’île, dont plus de 70% à Dindrihari.

Les autorités locales appellent à la vigilance et promettent des sanctions sévères. Mais au-delà de la loi, c’est un drame humain qui se joue : celui d’une population sans alternatives, prête à risquer sa vie pour quelques blocs de pierre. À Mutsamudu, le nivellement nocturne n’est plus seulement une infraction. C’est le reflet d’un cri étouffé celui d’une pauvreté qui, chaque nuit, défie la mort et rappelle à tous que la survie, ici, n’attend pas le lever du jour.

Younes

 

 


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