À Itsandra, les pêcheurs de la coopérative Bahari voient leurs filets se vider. Entre raréfaction de certains types de poissons, chambre froide en panne et prix instables, ils tentent de survivre grâce à la pêche artisanale, en attendant l'aide promise de la Direction de la Pêche.
Lundi 24 août, il est 6 heures du matin à Itsandra. Samir Ahmada répare son embarcation. Les mains calleuses, le regard tourné vers le large, il résume l'angoisse de toute une coopérative. Depuis deux ans, certains poissons comme le simsim se font rare. « Avant, on pouvait ramener 15 à 20 poissons par jour. Ces derniers temps, il y a des jours où on rentre parfois bredouille », confie le pêcheur. Il accuse la pêche intensive pratiquée en amont, du côté de kalaweni et Magoudjou côté imam Chanfiou. « Ils raclent tout avant que le poisson n'arrive chez nous », dénonce-t-il. Cette raréfaction s'ajoute à une autre contrainte ancestrale, qu'est la saisonnalité. Les pêcheurs d’Itsandra nous expliquent vivre au rythme du « asihazi » ou kashkazi (saison pluvieuse). Quand souffle la mousson, le nkawe apparaît, puis disparaît. Cette instabilité dicte les prix. Sur l'étal, le kilo passe de 1 000 à 5 000 francs comoriens en quelques jours. « Comment prévoir un revenu », s'interroge Samir.
Mais le plus urgent se trouve derrière les pirogues, dans un petit local en tôle. C'est leur chambre froide, hors d'usage depuis des mois. À l'intérieur, un réfrigérateur de fortune peine à stocker 50 kilos. « C'est pas assez », lâche le pêcheur. Sans conservation, on est obligé de brader. La coopérative Bahari, qui regroupe une vingtaine de membres, a frappé à toutes les portes. Des membres auraient suivi des formations en transformation et conservation, organisées par la direction générale des ressources halieutiques (DGRH) dans le cadre du programme SWIOFish, financé par la Banque mondiale et exécuté avec le FADC. Des ateliers sur le séchage, le fumage et la gestion cogérée ont eu lieu.
Selon Samir, une demande de financement pour la rénovation de leur chambre froide a été déposée auprès du ministère de tutelle à Mdé (ex-CEFADER), à la direction de la pêche. Elle s'appuie sur le modèle de chambre froide coopérative déjà inauguré à Ikoni par la coopérative locale des pêcheurs en début d'année. Le dossier est actuellement en attente, nous confirme le pêcheur. Une situation que connaissent d'autres coopératives dans différentes localités du pays, comme à Mbadjini au sud de Ngazidja, où la chaîne du froid reste le maillon manquant malgré les aides annoncées. En attendant, Bahari s'accroche à une valeur de l'écologie. Ici, pas de filets monofilaments ni de pêche à la dynamite. On ne pêche qu'à l'hameçon et à l'appât, comme nos pères. « C'est pour préserver l'environnement », conclut Samir Ahmada. Un engagement louable.
Hamdi Abdillahi Rahilie
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