Face à la menace croissante de la pêche fantôme, le pays mise sur le capital humain. Soixante acteurs locaux ont été préparés à devenir des multiplicateurs de bonnes pratiques et ont déjà sensibilisé près de 400 pêcheurs, amorçant une dynamique durable pour la protection du littoral. Ceci dans le cadre d'un projet conjoint entre le ministère MAPA, de la FAO, du laboratoire des sciences marines et littorales de l'université des Comores et le Japon.
L'initiative émane d'une collaboration stratégique entre le ministère de l'agriculture, de la pêche et de l'artisanat, à travers sa direction générale des ressources halieutiques, l'organisation des nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), le laboratoire des sciences marines et littorales (LSML) de l'université des Comores et le gouvernement du Japon, bailleur du projet. Au cœur du dispositif, le LSML a formé soixante professionnels issus d'horizons variés. Notamment des institutions publiques, des organisations de la société civile, structures communautaires et acteurs du secteur halieutique. L'objectif n'était pas seulement technique. Il s'agissait de créer un réseau de relais capables de porter le message au plus près des réalités locales et de parler le langage des pêcheurs. La thématique centrale étant la gestion des engins de pêche abandonnés, perdus ou arrivés en fin de vie, ces équipements qui, laissés en mer, continuent de piéger faune et flore.
Une fois formés, ces nouveaux référents ont immédiatement investi le terrain. Ils ont sillonné les villages côtiers pour conduire des campagnes de proximité au bénéfice direct de 376 membres des communautés de pêche. La répartition illustre l'ancrage national du programme. À Ngazidja, 89 personnes ont été touchées. À Anjouan, l'action a rassemblé 150 participants, dont 60 femmes, un signal fort d'inclusion dans un secteur traditionnellement masculin. À Mohéli, 137 personnes ont pris part aux échanges, parmi lesquelles 37 femmes. Outre ces chiffres, c'est le fond du message qui est important. Les communautés ont été confrontées à la réalité de la pêche fantôme, ce phénomène où filets et casiers dérivants continuent de capturer inutilement les ressources. Les formateurs ont détaillé les impacts écologiques et économiques : dégradation des récifs, raréfaction des stocks, pollution plastique durable. Surtout, ils ont transmis des gestes concrets comme comment collecter les engins usagés sans danger, les trier, les prétraiter et surtout les valoriser pour leur donner une seconde vie.
Cette approche par les pairs produit déjà des effets multiplicateurs. En misant sur des compétences locales plutôt que sur des interventions extérieures ponctuelles, le projet ancre la préservation marine dans le quotidien des pêcheurs eux-mêmes. Il renforce l'économie bleue prônée par l'archipel, et peut également améliorer la sécurité alimentaire à long terme. Investir aujourd'hui dans ces relais, c'est préparer les communautés de demain à protéger leur océan. Un pari gagnant pour l'avenir du littoral comorien.
Hamdi Abdillahi Rahilie
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