À Mohéli, le Service d’écoute tire la sonnette d’alarme face à une hausse inquiétante des enfants abandonnés après la répudiation de leur mère. Derrière des pratiques encore ancrées, les autorités rappellent une vérité essentielle : un père ne peut se soustraire à ses obligations, quelles que soient les circonstances conjugales.
À Mohéli, le phénomène d’abandon des enfants par leurs parents, notamment les pères, prend une ampleur préoccupante. Selon Madame Zaharati Mmadi, responsable du Service d’écoute de l’île, ces situations sont aujourd’hui plus fréquentes que les cas de violences conjugales. « Au-delà des conflits entre époux, ce sont surtout les enfants qui paient le prix fort », explique-t-elle. En cause, une croyance persistante selon laquelle la répudiation de la femme exonérerait le père de toute responsabilité envers ses enfants. Une idée que les services sociaux s’efforcent de déconstruire.
Face à ces cas, les agents du Service d’écoute convoquent systématiquement les pères concernés. « Nous leur expliquons que l’avenir des enfants dépend aussi d’eux. L’éducation, la santé, l’habillement et la prise en charge globale restent de leur devoir », insiste Mme Mmadi. Dans la plupart des situations, un délai de deux à trois semaines est accordé pour observer un changement de comportement, avec des résultats souvent positifs. Cependant, certains hommes persistent dans leur refus. « Il y a ceux qui affirment avoir répudié à la fois la femme et les enfants. D’autres, par colère après le remariage de leur ex-épouse, reportent leur frustration sur les enfants », déplore-t-elle. Dans ces cas, les dossiers sont transmis à la justice. Selon la situation matrimoniale, ils sont orientés vers le juge des enfants ou le cadi.
Lorsque le père dispose de revenus, un huissier assure le suivi afin de garantir le respect des obligations parentales. À défaut, des mesures coercitives peuvent être prises, allant jusqu’à l’incarcération pour les plus récalcitrants. Autre dérive constatée : certains pères acceptent de prendre en charge leurs enfants à condition d’exclure totalement la mère de leur vie. Une exigence jugée inacceptable par les autorités. « Après neuf mois de grossesse et les sacrifices de l’accouchement, une mère ne peut être effacée », rappelle fermement la responsable.
Enfin, la question du nouveau conjoint est également soulevée. Si celui-ci s’engage dans une relation avec une femme ayant déjà des enfants, il partage, dans une certaine mesure, la responsabilité de leur bien-être, notamment en matière de nutrition. Pour les acteurs sociaux de Mohéli, le message est clair : la séparation d’un couple ne doit jamais devenir une rupture des devoirs parentaux. Car au-delà des différends des adultes, ce sont les droits fondamentaux des enfants qui sont en jeu.
Riwad
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