La Gazette

des Comores

Projet CVA : Premières récoltes à Anjouan

Projet CVA :  Premières récoltes à Anjouan © : HZK-LGDC

Le vendredi 21 août dernier, le ministre de l’Agriculture, Daniel Bandar, accompagné d’une délégation de son département, s’est rendu au CRDE de Bambao M’tsanga, à Anjouan, pour assister à une étape particulièrement symbolique : la première récolte réalisée dans le cadre du projet CVA 2025-2030, financé par le PNUD et d'autres partenaires.


À travers les CRDE (Centre rural de développement économique) de Pomoni, Bambao M’tsanga et Nyoumakele, 21 fermes bénéficient de ce programme consacré au développement des chaînes de valeurs agricoles. Au total, 586 bénéficiaires, dont 30% de femmes, sont concernés par cette initiative qui entend faire de l’agriculture un véritable levier de développement économique, mais aussi une réponse concrète au chômage et au manque d’opportunités pour les jeunes. À Bambao Mtsanga, trois fermes ont déjà donné leurs premiers résultats. La production de manioc est estimée à environ 10 tonnes, tandis que le gingembre et la patate douce viennent compléter cette première récolte. Derrière ces chiffres se trouvent surtout des hommes et des femmes qui ont choisi de croire en la terre pour construire leur avenir.

Parmi eux, Thouraya Soilihi, mère de trois garçons et technicienne en PIF, préparatrice de pépinières de bananiers, incarne cette nouvelle génération d’agriculteurs. Diplômée en communication de l’Université des Comores, elle a pourtant choisi de s’investir dans l’agriculture. « On a choisi l’agriculture pour se sauver et sauver d’autres. On s’est investi et nous vivons aujourd’hui les avantages de CVA. C’est une bonne stratégie, bien réfléchie.» Son parcours illustre précisément l’enjeu du projet : transformer l’agriculture en secteur créateur d’emplois, y compris pour des jeunes diplômés qui peinent à trouver leur place sur le marché du travail. Le chemin reste cependant semé d’obstacles. Au CRDE de Bambao Mtsanga, l’accès à l’eau demeure le principal défi. Le directeur du centre, Takiouine Ahamadi, parle d’une véritable urgence pour l’irrigation.

« La récolte de patate et de manioc, c’est une victoire pour la population. Mais le problème phare ici, c’est la carence d’eau. On crève pour l’irrigation. » Le manque de moyens de déplacement constitue également une difficulté pour les producteurs et les équipes sur le terrain. Pour le directeur national, Dr Fouad Mohamed Oussouf, l’objectif dépasse largement une récolte. Il s’agit d’accompagner les CRDE, de renforcer les équipes, de former les acteurs déjà engagés dans les exploitations et, surtout, de faire de l’agriculture un outil de lutte contre la famine et de construction de l’autosuffisance alimentaire. La réponse ne tardera pas, puisqu’une citerne devrait notamment être construite à Bambao Mtsanga dans le cadre du projet AFIDEV, afin d’apporter une première réponse au problème d’eau. Mais l’ambition est aussi sociale. « Le gouvernement et les partenaires donnent l’opportunité en matière de création d’emplois et de compétitivité », souligne Dr Fouad Mohamed directeur national de la stratégie agricole, qui défend une vision d’augmentation progressive du nombre de CRDE.

Cette dynamique prend tout son sens dans un pays où la demande d’emploi des jeunes reste particulièrement forte. Le projet « FORCES JEUNES », qui prévoit l’embauche de 600 jeunes Comoriens, en constitue une autre illustration. Sur les 600 postes annoncés, environ 1 500 jeunes ont postulé. Derrière ces candidatures, ce sont 900 jeunes supplémentaires qui expriment directement leur soif de travailler et de participer au développement du pays. La réponse au chômage ne pourra donc pas reposer sur un seul dispositif. Elle devra multiplier les secteurs, les formations et les opportunités. Dans cette perspective, la CVA propose une voie stratégique : "donner aux jeunes non seulement un emploi, mais aussi la possibilité de devenir producteurs", entrepreneurs et acteurs de leur propre développement" insiste Dr Fouad. À Bambao Mtsanga, la première récolte de manioc et de patate douce apparaît ainsi comme bien plus qu’un résultat agricole. C’est le début d’une bataille pour l’emploi, l’autosuffisance alimentaire et la dignité économique d’une jeunesse qui cherche sa place.

Younes

 


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