L’avocat Said Larifou représente plusieurs familles de victimes au procès pénal de la compagnie aérienne Yemenia Airways, qui s’est ouvert à Paris depuis le lundi 9 mai et ce jusqu’au 2 juin. Pour rappel, un Airbus de la compagnie yéménite s’est crashé en mer en juin 2009 aux Comores avec 153 personnes, dont une seule survivante, Bahia Bakari, 12 ans à l’époque.
Question : Le procès pénal de la Yemenia s’est ouvert lundi dernier à Paris. Quels sont les enjeux ?
Said Larifou : D'abord pour les familles des victimes, j'ose espérer que ce procès pénal va les aider à faire le deuil et aborder l'avenir positivement. L'autre enjeu de ce procès est de parvenir à établir toutes les responsabilités qui ont concouru à ce crash. Au regard des alertes, des signalements et plaintes des passagers de la compagnie et des mesures prises à l'encontre de Yemenia Airways par les autorités françaises, notamment sa mise sous surveillance, sans abus de langage il est justifié de soutenir que cet accident était prévisible. Les débats judiciaires en cours doivent suppléer et compléter les enquêtes et espérons parvenir à établir toutes les responsabilités.
Question : Vous êtes l’avocat de plusieurs familles dans cette affaire. Avez-vous constaté des manœuvres visant à protéger certaines parties impliquées dans l’accident durant toute la procédure ?
Said Larifou : J'ai la conviction que la compagnie Yemenia Airways n'est pas la seule responsable de ce crash aérien. Des négligences, des actes de complaisance et des carences des autorités comoriennes, de l'Asecna, des autorités françaises, de la société de maintenance ont sans doute concouru à cet accident. Curieusement, seule Yemenia Airways, société moribonde, est citée à comparaître comme prévenue et les autres sont protégées et pour cause !
Question : Une fois le procès en cours achevé, pourrait-il y avoir un autre ?
Said Larifou : Oui, je ne lâcherai pas et ferai en sorte que tous ceux et celles qui ont concouru à ce crash répondent de leur crime et réparent tous les préjudices subis
Question : Des familles ont récemment été indemnisées. Peuvent-elles espérer autre chose à l’issue de ce procès pénal ou ce volet-là est clos ?
Said Larifou : L'évolution du droit à l'indemnisation donne l'espoir aux familles victimes des manœuvres et chantage de l'assurance de la compagnie Yemenia Airways de demander et obtenir la possibilité de réexaminer ce volet d'indemnisation. Et l'action en cours que j'ai engagée pour mes clients contre l'Asecna leur donne la possibilité de demander à cet établissement public international réparation des préjudices subis par eux.
Question : Combien de familles ont-elles touché les indemnisations et combien il en reste ?
Said Larifou : Je suis nouvellement désigné par une bonne centaine de personnes victimes de ce crash. D'autres confrères ont en charge un millier des victimes. Une bonne partie a déjà perçu des indemnités.
Question : Beaucoup de familles n'ont pas encore reçu la totalité des indemnisations. Elles sont combien et à combien pourrait éventuellement s’élever le montant ?
Said Larifou : Il est difficile de déterminer le montant des indemnités pour chaque victime car elle est fixée en fonction de critères différents d'une personne à une autre notamment le degré de lien de filiation, la proximité et autres qui lient la victime aux proches parents, parties civiles
Question : Le procès, malgré son envergure, n’a pas mobilisé beaucoup de monde du moins les Comoriens de France. Pourquoi selon vous ?
Said Larifou : Je suis habitué de ces procès de masse et d'envergure. Les premiers jours on a constaté une mobilisation exceptionnelle et au fur et à mesure que le procès poursuit son cours normal, les gens se campent à leurs activités habituelles sans que cela soit assimilé ou interprété comme un abandon ou une forme d'indifférence au procès. Il faut noter que ce crash marquera à vie les Comoriens et que l’issue de ce procès historique est très attendue pour servir l'avenir
Question : Quelle est l’impression des quelques familles des victimes que vous avez rencontrées sur place ?
Said Larifou : J'ai relevé à la fois la colère dans la dignité et la détermination pour une justice. Dommage que les autorités comoriennes ne sont pas dignes du peuple comorien. Il est inadmissible que malgré les carences relevées du crash d’Éthiopian Airways suite au détournement par des pirates, les autorités comoriennes et l'Asecna n'ont tiré aucune leçon sur celui de Yemenia Airways. L'aéroport de Moroni ne dispose pas de moyens de secours et pour preuve jusqu'à présent un seul corps sur les 12 passagers du crash d’AB Aviation survenu à l'île de Moheli le 26 février 2022 a été trouvé. C’est vraiment triste qu'en 2022 on parle encore de problème d'éclairage sur les pistes d'atterrissage alors que les Comores aspirent à devenir une destination touristique de classe mondiale à l'horizon 2030. L'absence d’un responsable de l'aviation civile comorienne à ce procès est un scandale. Je vais me battre contre l'idée assez répandue comme quoi le crash de Yemenia Airways serait le crash des pauvres
Question : Quelle leçon Moroni pourrait tirer du crash de la Yemenia ?
Said Larifou : Les morts de ce crash méritent autant de respect que celles survenues dans d'autres crash et leurs familles ont droit à la considération due en pareilles circonstances. La complexité de cette procédure qui appelle c'est vrai à un exercice juridique et intellectuel très intense ne peut justifier que les familles des victimes de nationalité comorienne soient écartées des débats et empêchées d se constituer parties civiles. L'engagement de certains dans ce dossier n'est motivé que par l'appât du gain et non la recherche de la vérité sur les causes, les responsabilités et les circonstances du crash.
Propos recueillis par Andjouza Abouheir
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