Elle est la seule encore en vie à pouvoir raconter l’histoire du crash de la Yemenia, en 2009 aux Comores. Agée de 25 ans aujourd’hui, Bahia a témoigné à la barre du tribunal correctionnel de Paris qui juge depuis le 9 mai la compagnie aérienne pour « homicides et blessures involontaires ».
Le 29 juin 2009, à quelques minutes de l’atterrissage, le vol 626 s’abîme en mer au large des côtes du nord de Ngazidja, faisant 152 morts, dont la mère de Bahia Bakari. Dans un article publié le 23 mai, nos confrères de 20.minutes.fr rapportent que pendant près d’une heure, la jeune femme est revenue sur les onze heures passées dans l’eau, accrochée à un débris de l’appareil, et sur sa vie d’après, celle d’un deuil difficile. Un « vrai trou noir ». La fillette s’accroche à un débris de l’appareil, « le plus grand » qu’elle trouve. « Consciente » à ce moment-là, elle entend « des voix qui appellent à l’aide », mais elle « ne voit personne », poursuit-elle à la barre, estimant qu’il y avait probablement « cinq ou six personnes », uniquement « des femmes ». Après quelques heures, l’adolescente finit par s’endormir.
Bahia Bakari se réveille au petit matin, toujours agrippée au débris, mais cette fois, c’est le silence complet. « Je vois la silhouette de l’île au loin et j’essaie de nager, mais la mer est très agitée. Je ne voyais pas comment j’allais m’en sortir », rapportent le quotidien gratuit. A ce moment-là, Bahia Bakari pense qu’elle est la seule à être tombée de l’avion. « J’étais convaincue que tout le monde était arrivé, dont ma mère, je savais qu’elle n’aurait pas supporté si j’avais baissé les bras », relate-t-elle. Après onze heures de dérive, elle est miraculeusement repérée par un bateau qui la ramène à Moroni.
Hospitalisée pour des « fractures à la clavicule, au bassin et à un œil » et des brûlures au second degré, notamment sur les pieds, l’enfant demande où est sa mère. « On m’a annoncé que j’étais la seule retrouvée à ce moment-là et qu’on ne s’attendait plus à retrouver d’autres survivants ». Elle est rapidement rapatriée en France et reste une vingtaine de jours à l’hôpital. Si ses séquelles physiques sont relativement superficielles pour un accident comme celui-ci, le décès de sa mère, lui, est beaucoup plus compliqué à gérer pour la jeune femme.
Au moment de l’évoquer, lundi au tribunal correctionnel de Paris, l’émotion gagne Bahia Bakari, mais aussi une partie de la salle, toujours selon le compte-rendu de 20.minutes.fr « Je ne garde aucune séquelle physique. Ce qui a été dur à gérer, c’est d’être la seule survivante et de gérer le deuil de ma mère. J’étais très proche d’elle, c’était ma meilleure amie », explique-t-elle en pleurant. Un deuil difficile aussi pour ses deux frères, sa sœur et son père qui a dû changer de travail et demandé de l’aide à sa famille. « C’était dur, mais on s’est adaptés au fur et à mesure », poursuit-elle. « Rouvrir la boîte » des souvenirs.
Treize ans après les faits, même si elle a fait « de nombreux cauchemars » et souffert de « troubles du sommeil », la jeune femme, qui travaille désormais dans l’immobilier, va « beaucoup mieux ». Néanmoins elle regrette l’absence de représentant de la Yemenia, pourtant la compagnie est citée à comparaitre selon en tout cas Me Said Larifou dans un entretien à La Gazette des Comores quelques jours après l’ouverture du procès le 9 mai : « J’aurais aimé qu’ils soient là pour nous écouter. J’aurais voulu des excuses, et surtout des réponses. Et me sentir respectée ».
LGDC avec 20.minutes.fr
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