Pour le porte-parole du gouvernement, les reconduites à Anjouan des personnes considérées en situation irrégulière à Mayotte découlent directement de l’accord signé entre la France et les Comores en juillet 2019, à Paris. Quant à l’épineuse question du plan de réinsertion des jeunes rentrés de Mayotte, dont la plupart ont grandi dans la délinquance dans les zones défavorisées, M. Msaidié dégaine l’enveloppe de 150 millions d’euros accordée par Paris, dont une partie est censée lutter contre le chômage. Interview.
Question : Les reconduites des « clandestins » de Mayotte vers Anjouan viennent de reprendre. Quel a été le deal entre Moroni et Paris après plusieurs mois de tensions ?
Houmed Msaidie : Il n’y a pas eu de deal. Il y a eu un accord entre les Comores et la France qui a été signé au mois de juillet 2019 pour justement, entre autres, fixer les populations. Et plus particulièrement celle qui est la plus dynamique à savoir les jeunes qui sont toujours à la recherche du bien-être. Sachant qu’à Mayotte on déverse beaucoup d’euros, ils recherchent cet argent-là. Mais entretemps, beaucoup d’entre eux perdent leur vie en cours de route. Donc cet accord vise entre autres à changer la donne, à créer des emplois ici sur place. Comme vous le savez l’enveloppe globale pour trois ans s’élève à 150 millions d’euros. L’accent est mis sur les questions de santé et les questions d’emplois. Pourquoi ? Tout simplement parce que la plupart de ceux qui se rendent à Mayotte c’est soit pour des raisons sanitaires, soit pour des raisons économiques. Comme Mayotte n’arrive pas à résorber un budget de 400-600 millions d’euros par an, ces gens pensent pouvoir aller en bénéficier, comme ceux qui sont à Madagascar…En un mot comme en cent, nous, nous sommes plutôt dans un accord global entre la France et les Comores qui consiste à fixer les populations par des projets bien définis pour au final empêcher à ce que les jeunes n’aillent perdre leur vie en traversant le bras de mer qui sépare Mayotte et Anjouan.
Question : Peut-on dire que les résidents de Mayotte qui étaient bloqués à Moroni et qui commencent à rejoindre leurs foyers en même temps que la reprise des reconduites, ont servi de monnaie d’échange dans cette affaire ?
HM : Non. Pas du tout. J’ai dit qu’on a signé un accord en juillet 2019. Tous ce que nous faisons actuellement découle directement de cet accord-là. Et ça a marché avant la pandémie de Covid-19. Ce n’est que pendant la crise sanitaire que les reconduites ont été interrompues. Aujourd’hui on s’est mis d’accord de reprendre à condition que ceux qui partent de Mayotte subissent des tests PCR.
Question : Quelles dispositions prises par Moroni pour assurer la réinsertion des jeunes qui ont grandi dans la délinquance à Mayotte afin d’éviter au pays une importation de la violence ?
HM : C’est vous qui dites qu’ils étaient des délinquants à Mayotte. La réalité est qu’aujourd’hui à Mayotte il y a une question sérieuse de délinquance qu’on ne voit ni à Anjouan, ni à Mohéli, ni à Ngazidja. Ceux qui retournent ne sont pas forcément des délinquants. En revanche il ne faut pas oublier qu’il y a un trafic d’êtres humains. Ceux qui traversent ce bras de mer paient beaucoup d’argent. Et qui perçoit cet argent ? Est-ce que ce sont seulement ceux qui sont dans les trois autres îles qui organisent ces voyages ou il y a des complices de l’autre côté ? J’ai pu comprendre qu’à un moment donné il y a eu des complices arrêtés à Mayotte. Et cela entre dans le cadre de la lutte contre le trafic humain. Je ne sais pas si ceux qui retournent sont des délinquants mais je sais qu’on a des projets pour résorber le chômage, plus particulièrement des jeunes, et ils (les projets, Ndlr) ont été négociés avec les partenaires bi et multilatéraux, dont la France. Les autorités actuelles ont compris qu’il fallait s’attaquer aux conséquences de l’occupation de Mayotte depuis l’avènement de l’indépendance parce qu’elles ont généré des distorsions qui déstabilisent aussi bien ceux qui sont à Mayotte que ceux qui sont dans les trois îles indépendantes.
Question : Un dernier mot ?
HM : Je dois revenir à la première question pour conclure que le deal dans un premier temps est de préserver la paix dans l’Archipel des Comores. Réduire les tensions entre les habitants de l’Archipel, continuer le dialogue avec tous les acteurs. Voilà le deal susceptible d’asseoir les bases d’un destin partagé.
Propos recueillis par Toufé Maecha
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