La Gazette

des Comores

Portrait : Zainoudine : « Notre combat sera bénéfique pour plusieurs générations »

Portrait :  Zainoudine : « Notre combat sera bénéfique pour plusieurs générations » © : HZK-LGDC

Le 18 mars dernier, alors qu’il célébrait ses 32 ans, Zainoudine Ahamada n’a pas reçu de bouquets, mais une note de licenciement. Pour ce technicien en imagerie médicale, originaire de Bangoi et Salimani Hambou, l’ironie du calendrier est brutale. Sa faute ? Être devenu le « porte-étendard » d’un collectif de grévistes contractuels qui réclament, avec une obstination qui dérange, l’alignement des salaires et la reconnaissance de leurs droits au sein de l’hôpital de référence des Comores.


Rien ne prédestinait pourtant ce jeune, à devenir le visage d'une contestation syndicale. Son parcours est celui d’un bosseur, d’un homme de dossiers plutôt que de barricades. Après un Bac D obtenu en 2013 au Groupe Scolaire Brain Trust, Zainoudine Ahamada s’envole pour Madagascar. Là-bas, il frôle le rêve de la médecine humaine : une moyenne de 14,75. Un score honorable, mais insuffisant face à une sélection impitoyable. Loin de se laisser abattre, il rebondit avec résilience et consacre six années à se spécialiser en imagerie médicale. C’est durant cet exil académique que le leader s’éveille. Président de l’association des étudiants de Bangoi Hambou sur la grande île, conseiller technique pour ceux de Ngazidja, Zainoudine apprend à fédérer, à conseiller et à porter la voix des autres.

 

Lorsqu’il rentre au pays en 2020 pour intégrer le chemin d'une carrière professionnelle, il apporte dans ses bagages ce sens aigu de la responsabilité collective. Élu président du quartier Rehemani dans son village, il est l’homme vers qui l’on se tourne pour trancher les litiges et bâtir l’avenir. Pourtant, à son arrivée à l’hôpital la même année, le syndicat des contractuels sommeillait, nous a-t-il dit. Les conditions de travail se dégradaient, mais la peur paralysait les rangs. Zainoudine, d’abord simple technicien, ne faisant pas partie des syndicalistes, commence à sensibiliser ses pairs. On le traite d'« intégriste », de fauteur de troubles. « Au début, mes collègues hésitaient », se souvient-il. Mais la précarité finit par l'emporter sur la crainte. En 2023, devenu vice-président du bureau exécutif des employés contractuels au sein de l'établissement, ils lancent alors un premier préavis de grève. Avec comme revendications : une justice salariale. Si un changement de direction a pu laisser croire à une trêve, l’absence de respect des protocoles d'accord en 2024 a rallumé la mèche.

 

Alors qu’il se retrouve aujourd’hui,  licencié abusivement pour avoir défendu ses droits et ceux de ses collègues, Zainoudine Ahamada ne nourrit aucune amertume. Pour lui, ce combat dépasse sa propre fiche de paie. C’est une question de transmission. « Notre combat sera bénéfique pour plusieurs générations », affirme-t-il, avec cette maturité acquise au fil des épreuves. Il veut inculquer aux jeunes Comoriens les valeurs de patriotisme, de droit et de justice. Derrière le technicien en imagerie médicale se cache un bâtisseur de conscience. Pour Zainoudine, le système de santé ne se soigne pas seulement avec des médicaments, mais avec de l'équité et de la dignité pour ceux qui le font fonctionner. Son licenciement, loin d’être une fin, apparaît désormais comme l'acte de naissance d'un homme au service de la justice sociale. Un portrait de courage, où la blouse blanche s'efface devant la stature d'un citoyen debout.

 

Hamdi Abdillahi Rahilie

 

 

 


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