Béchir Ben Yahmed le fondateur du média Jeune Afrique est décédé à Paris des suites de la Covid-19 lundi 3 mai 2021 à l'âge de 93 ans.
Il est né en avril 1928 sur l'île de Djerba, alors protectorat français, ce fils de commerçant, diplômé de HEC, avait œuvré pour l'indépendance et fait partie du gouvernement de Habib Bourguiba en tant que secrétaire d'État à l'Information en 1956-1957.
Le journal Le Monde rappelle que son aventure a commencé à Tunis le 17 octobre 1960 –année-phare de l’indépendance de 17 pays africains – sous la dénomination Afrique Action, avant de se poursuivre l’année suivante, après une escale à Rome, à Paris sous l’appellation Jeune Afrique.
C’est ainsi qu’au gré des périodes fastes ou de vaches maigres, des attentats terroristes, des crises internes et des controverses, notamment autour des publireportages ou de la complaisance supposée de l’hebdomadaire vis-à-vis de certains régimes africains, le groupe de presse a tenu le coup. Et « 1960 » est même devenu autant une année fétiche qu’un socle pour son fondateur, souvent désigné par ses initiales « BBY ».
«Le Monde » souligne qu’au cours de son histoire sexagénaire, le journal a connu quatre attentats ou tentatives d’attentats terroristes. Le premier, en 1961, fut attribué à l’Organisation de l’armée secrète (OAS), favorable à la présence française en Algérie. Le deuxième au groupuscule d’extrême-droite Charlemagne. En 1979, des pains de dynamite ont été découverts et désamorcés à la rédaction. Et en mars 1986, une partie des locaux a été soufflée par la déflagration d’une bombe, un attentat probablement commandité par l’entourage immédiat de Mouammar Kadhafi.
Jusqu’au début des années 2010, il régna en maître absolu à la tête d’un groupe de presse qui compta un moment jusqu’à plusieurs titres, une maison d’édition, une agence de voyages et même un magasin de meubles. L’homme était exigeant avec lui-même comme avec ses collaborateurs. Il soumettait avant publication ses éditos – intitulés « Ce que je crois » – à un petit cercle de journalistes et n’hésitait pas à intégrer leurs avis, critiques et corrections.
Engagé pour la cause du tiers-monde sans pour autant être un militant, Béchir Ben Yahmed a rencontré et parfois interviewé Gamal Abdel Nasser, Ahmed Ben Bella, Ahmed Sékou Touré, Patrice Lumumba, Mehdi Ben Barka, Che Guevara et Fidel Castro, à Cuba, tout comme Ho Chi Minh au cours d’un voyage au Vietnam en 1967.
Ces dernières années, Béchir Ben Yahmed avait un peu levé le pied, consacrant l’essentiel de son énergie à l’animation du bimestriel La Revue, lancé en 2003 et dont il était l’unique actionnaire, avec pour ambition avouée d’en faire un « New Yorker à la française ».
Jeune Afrique Media Group, édite aussi la revue anglophone The Africa Report, et la lettre d'information Jeune Afrique Business. Il a également créé La Revue, magazine dédié à l'actualité internationale, et une maison d'édition.
Depuis 2007, les fils de Béchir Ben Yahmed, Amir et Marwane gèrent son groupe de presse, tandis que François Soudan en est le directeur de la publication du journal.
Mmagaza
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