La Gazette

des Comores

Mort de Ali Bazi Selim / Le sommeil d'un patriote

Mort de Ali Bazi Selim / Le sommeil d'un patriote © : HZK-LGDC

L’ancien ministre d’Etat, Ali Bazi Selim s’est éteint ce 10 janvier à Dar es Salam. Grand orateur, patriote, énergique malgré son grand âge, Ali Bazi Selim fait partie des pères fondateurs de la République. Il s’est fait connaître des jeunes générations le 11 aout 2015 alors qu’il prononçait un vibrant discours à la place de l’Indépendance, dans lequel il appelait le peuple comorien à un sursaut.


Ali Bazi Selim est mort. Homme politique comme on n’en fait plus. Homme, qui dans la vieillesse avait un talent oratoire hors du commun. Avait une acuité remarquable. Ali Bazi Selim est connu des jeunes générations grâce à son retentissant appel du 11 aout 2015 à la place de l’indépendance. Ce jour-là, d’une voix grave, profonde, venant du cœur, il a appelé à un sursaut de dignité, de fierté du peuple comorien. Ce jour-là, il a lancé son fameux cri, « il est temps de nous asseoir et discuter ». Ce jour-là, l’hymne national a retenti 3 fois, repris en chœur par une foule émue, bouleversée. Certains, après le discours de ce petit-fils du sultan Msafumu se sont mis à pleurer. Le 11 août, devait célébrer le retour en héros de nos sportifs lors des jeux des îles à la Réunion, qui ont quitté la compétition parce que des joueurs mahorais, violant la charte des jeux des iles, ont défilé sous le drapeau français.

 

Ce jour-là, a germé l’idée d’organiser des Assises nationales. Celles prônées par Bazi n’ont rien à voir avec celles qui ont eu lieu en février 2018. Mais Monsieur Bazi, comme l’appellent certains de ses enfants, n’était pas que cela.

 

Né au début du siècle dernier à Ntsudjini, il est le fils de Bazi Selim, navigateur de Mitsoudje, ayant introduit, selon certains dires, des fruits qui étaient jusqu’à lors, inconnus aux Comores et de Soibira Abdoulatuf, petite-fille du sultan Msafumu. Il prendra sa cousine comme épouse, Hadjira Aliyamani qui fut la première comorienne à prendre le chemin de l’école française.

 

Comme ce fut souvent le cas à l’époque coloniale, Ali Bazi Selim partit à Madagascar pour y suivre ses études. Il y fera de la comptabilité. Il s’engagera ensuite en politique. En 1957, il succéda à Soilihi Mtsashiwa, le père de l’ancien président. Il sera par la suite député à l’Assemblée autonome des Comores jusqu’en 1975. Il se retire alors de la vie politique quand Ali Soilihi fait son coup d’Etat en 1975, 3 semaines après la proclamation de l’indépendance des Comores. Il s’est fait commerçant, avec succès. 7 ans plus tard, il devient président de la Chambre de Commerce et y remplace, Said Mohamed Djohar, futur président des Comores, sous le régime Ahmed Abdallah Abderemane.

 

En 1985, toujours sous ce régime, il devient ministre d’Etat en charge notamment de l’équipement et de l’aménagement du territoire. Il devait assurer l’intérim du chef de l’Etat quand celui-ci était en déplacement. En mars 1985, le 08 plus exactement, le Front démocratique est soupçonné d’avoir voulu fomenter un coup d’Etat contre le régime. Ses principaux leaders sont réprimés et mis en prison. Certains disent qu’ils n’ont eu la vie sauve que grâce à Bazi, qui assurait l’intérim du président qui était à l’étranger.

 

 

Quelques mois plus tard, il fut remercié par Ahmed Abdallah Abderemane. Il aurait protesté, avec Said Hassan Said Hachim (autre ministre d’Etat de l’époque) contre la décision du président de limoger l’ancien ministre Ali Mroudjae. Ils rallieront l’opposition. En 1987, Ali Bazi Selim se présente à la députation, au nom de l’opposition contre l’ancien ministre Mohamed Moumini. Déclaré vaincu, il proteste en lisant un hitima. Fait surprenant, son rival qui était soutenu par le régime refusa de siéger à l’Assemblée nationale. Une élection partielle fut organisée quelques mois plus tard.  Il l’a remportée devenant le seul candidat de l’opposition au parlement. 

 

A l’hémicycle, il se fera remarquer par sa virulente opposition à la révision constitutionnelle qui devait permettre au père de l’indépendance de se représenter à sa propre succession.

 

L’ancien ministre d’Etat soutient lors des élections de 1990, au second tour, Said Mohamed Djohar contre Taki Abdoulkarim. Papadjo élu, il deviendra son conseiller à la présidence de la république.

 

Quand Taki fut élu président de la république en 1996, il devient le chef de la coalition des partis soutenant le chef de l’Etat. Sa principale mission était de les faire fusionner. La mort de Taki en 1998 bouleversa tous les plans. Il s’est alors retiré de la vie politique et s’occupa de ses activités commerciales. Par contre, il fut actif dans la société civile et faisait partie du Comité des Sages.

 

Bien plus tard, en 2015, il devient le leader incontesté et incontestable du Mouvement du 11 aout 2015.Celui-ci avait la lourde tâche d’organiser des assises nationales. « Vérité et réconciliation », c’est ainsi que Bazi les voyait.

 

Ali Bazi Selim a fait un accident vasculaire cérébral en 2017. Il était soigné en Tanzanie. Nous reviendrons sur cette personnalité si riche dans nos prochaines éditions. Visionnaire, grand commerçant, profondément humain, et patriote. Tels sont les mots qui le qualifient le mieux.

 

Fsy (en collaboration avec Nakidine Mattoir, historien)

 

 

 

 

 

 


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