Dans un entretien accordé à La Gazette des Comores, l’Inspecteur général de l’éducation, Mohamed Ali Mgomdri, est revenu sur le bilan des plans de travail annuels (PTA) de l’ensemble des ministres. Pour lui, cet exercice montre qu’il faudra certes continuer à s’appuyer sur les chiffres, mais surtout se rapprocher de la compréhension et du vécu des citoyens. Il propose ainsi de passer « d’un bilan par pourcentage à un bilan par problèmes résolus ».
Quelques jours après le bilan des PTA, l'Inspecteur général Mohamed Ali Mgomdri estime que l'éducation doit être jugée sur les problèmes concrets résolus, au-delà des chiffres. Pour lui, l’enjeu dépasse le simple bilan annuel d’un ministre. Il s’agit de s’attaquer aux difficultés structurelles du système éducatif et de mesurer l’action publique non seulement à travers des chiffres, mais surtout à travers les problèmes effectivement résolus et les améliorations concrètes. « C’est un exercice légitime en ce sens qu’il fait un bilan de l’action gouvernementale. C’est tout à son honneur et je le félicite. Que cet exercice puisse se faire tous les ans au bénéfice de nos concitoyens. Toutefois, pour améliorer l’exercice et éviter les incompréhensions, je serais amené, non pas à lui donner des leçons, mais à lui proposer des pistes de réussite. En effet, il va falloir ne pas abandonner les chiffres, mais se rapprocher de la compréhension des citoyens », avance M. Mgomdri. Selon lui, les pourcentages permettent de mesurer l’activité administrative, alors que les citoyens évaluent l’action publique à travers leur vécu.
« Alors que le pourcentage mesure une activité administrative, le citoyen, lui, juge par la transformation de son quotidien. Il compare le bilan avec son vécu. Si l’administration juge, par exemple, que le taux de couverture en eau est de 50% et que le citoyen attend de longs mois pour bénéficier, ou non, de cette ressource, ce pourcentage entre en contradiction avec son expérience personnelle. C’est pourquoi je proposerais au SGG de passer d’un bilan par pourcentage à un bilan par problèmes résolus », suggère l’Inspecteur général. Selon lui, l'Éducation est un ministère populaire car il touche toutes les familles et doit donc rendre compte régulièrement de ses résultats de son action, au quotidien, par trimestre et par an. « Mais il faut aussi savoir que c’est un ministère en pleine construction. L’achèvement des cycles, la formation des cadres pédagogiques et l’augmentation de la capacité d’accueil sont autant de chantiers qui traduisent la jeunesse de notre système éducatif. Mais en marge de cette jeunesse, nous sommes confrontés à des problèmes de taille qui concernent les aspects institutionnels, organisationnels et fonctionnels de notre système éducatif. Et c’est toujours sur ces problèmes que nous butons », souligne-t-il.
Dans ce contexte, M. Mgomdri estime qu’il serait réducteur de juger individuellement la performance des ministres sans prendre en compte les dysfonctionnements structurels du système. « Alors, dire que tel ministre est bon et que tel autre est mauvais serait une erreur d’appréciation », déclara-t-il. Sur le plan institutionnel, il estime que le système éducatif manque d'architecture cohérente, et reste trop centralisé au regard des réalités locales. « Ceci entraîne une lenteur décisionnelle, une faible responsabilisation des acteurs locaux, des difficultés d’adapter les politiques aux réalités territoriales, un éloignement entre décideurs et terrain, ainsi qu’une planification insuffisamment liée aux besoins réels », indique-t-il. Ce haut cadre cite notamment le cas de l’IFERE.
« Pour que vous compreniez bien, je prendrai l’exemple de l’IFERE qui forme les enseignants sans un regard du ministère par rapport au profil et aux curricula, et sans que la direction de la planification ait son mot à dire sur les quantités d’enseignants à former chaque année, compte tenu des retraites, des abandons de poste et des classes sans enseignants. Ce pouvoir est laissé à l’Université », explique-t-il. Il évoque également la question de l’encadrement pédagogique. « Et pour faire court, je prendrai encore l’exemple du faible encadrement pédagogique. Certains enseignants peuvent travailler durant relativement longtemps sans bénéficier de conseils ni être évalués », insiste-t-il. Pour l’Inspecteur général, il est donc difficile d’évaluer correctement l’action d’un ministre sans analyser ces trois niveaux institutionnel, organisationnel et fonctionnel et sans définir une véritable politique de remédiation systémique. Pour finir, il appelle à renforcer la formation et la valorisation des cadres de l'éducation pour mieux dialoguer avec les bailleurs et défendre les intérêts du pays, et alerte sur l'hémorragie de compétences liée aux départs à la retraite, en proposant des CDD pour les cadres expérimentés afin d'assurer la transmission aux jeunes entrants.
Nassuf Ben Amad
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