Depuis la création de la Brigade nationale de répression du trafic illicite de migrants (BNRTIM) en mars 2022, les flux migratoires vers Ngazidja oscillent entre pics alarmants et accalmies précaires. Derrière la rigueur des chiffres, les autorités tentent de concilier sécurité du territoire et protection de la dignité humaine.
L'île de Ngazidja devient, malgré elle, comme un carrefour complexe de la migration régionale. Selon les données recueillies, « 608 migrants ont été interceptés à Ngazidja » depuis le lancement de la brigade spécialisée. L'évolution de ces statistiques témoigne d'une pression migratoire qui s'intensifie de manière spectaculaire. Si l'année 2022 n'affichait que 14 interceptions, ce chiffre a bondi à 159 en 2023. Après une baisse relative en 2024, l'année 2026 marque un tournant critique : « Depuis le début de 2026, 278 migrants ont déjà été arrêtés », précise-t-on dans un document de la brigade. La majorité de ces voyageurs de l'ombre sont originaires de la République démocratique du Congo, du Burundi, du Rwanda, de Madagascar ou encore de la Somalie. Pour tous, l'objectif reste le même : rejoindre Mayotte. Cette situation transforme les Comores en une zone de transit périlleuse où chaque interception cache une histoire humaine bouleversante. Comme « ces données ne sont pas seulement des nombres, elles reflètent des vies et des conséquences sur la société locale », lit-on dans un document de la brigade, soulignant que ce phénomène impacte directement le tissu social du pays.
Pour faire face à cet enjeu, la brigade mixte s'appuie sur des missions transversales. Son action commence par « l'identification et l'enregistrement des migrants », suivis immédiatement par « l'accueil et la prise en charge » par des équipes dédiées. Cette approche nécessite une coordination étroite avec les services de santé et les affaires sociales pour garantir une protection optimale. Sur le terrain, l'organisation mobilise « des agents de police et des travailleurs sociaux », utilisant des véhicules et des infrastructures d'accueil spécifiques pour évaluer les besoins de chacun. La prise en charge se veut attentive aux plus fragiles. Pour les femmes et les enfants, des dispositifs spécifiques sont prévus, notamment « des centres d'accueil spécialisés » ainsi que « des services de santé et de psychologie », afin d'offrir un refuge sûr après le traumatisme du voyage.
Pourtant, la volonté des agents se heurte à une réalité matérielle difficile. Le manque de ressources est le principal frein à une gestion sereine des flux. Les difficultés relevées sont nombreuses : « le manque de moyens financiers et matériels », « la complexité des procédures administratives » ou encore « l'absence d'unité de sécurité dédiée pour la protection des migrants ». Pour les autorités, il devient impératif de débloquer « des moyens financiers pour soutenir les migrants » et de renforcer « les formations pour les agents de police et les travailleurs sociaux ». Face à l'avenir, la brigade mise sur le « renforcement des capacités » et une « approche régionale » coordonnée avec les pays voisins. Mais au-delà de la réponse sécuritaire, c'est un appel à la conscience collective qui est lancé. Il est demandé à la population de « respecter les droits des migrants et de les traiter avec dignité », tout en promouvant « la solidarité et la tolérance ». Car, si la migration clandestine reste un défi de sécurité, elle est avant tout une question d'humanité qui appelle à la mobilisation de tous.
Mohamed Ali Nasra
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