La Gazette

des Comores

Migration clandestine : L’inquiétude grandit

Migration clandestine :  L’inquiétude grandit © : HZK-LGDC

Au-delà des chiffres officiels, c’est un sentiment d’inquiétude qui s’empare des localités de Ngazidja. Face à une pression migratoire qui ne faiblit pas, les citoyens craignent une hausse de la délinquance, tandis que les autorités, en « alerte », peinent à contenir un phénomène qui impacte le quotidien des Comoriens.


Dans les quartiers et les villages, le sujet est sur toutes les lèvres. Ce qui était autrefois perçu comme un simple flux de transit vers Mayotte devient une source de tension locale. « Nous sommes aujourd’hui en alerte rouge pour la sécurité du pays », confie une source du ministère de l’intérieur. Si l'État s'inquiète pour ses frontières, la population, elle, s'inquiète pour ses foyers. Depuis quelques mois, de nombreux témoignages font état d'une recrudescence des vols et d'une petite criminalité qui exacerbe le sentiment d'insécurité dans les zones de forte concentration de migrants. Le constat des riverains est amer : la précarité extrême dans laquelle se trouvent les migrants en attente de traversée pousse certains vers des actes désespérés. Cette situation crée un climat de méfiance. Pour les autorités, le défi est double : assurer « l’identification et l’enregistrement des migrants » tout en garantissant la sécurité des citoyens comoriens.

Depuis sa création en mars 2022, la Brigade nationale de répression du trafic illicite de migrants tente de stabiliser la situation. Une source proche du dossier confie que ses missions incluent « l’accueil et la prise en charge » pour éviter que l'errance ne se transforme en délinquance. Pourtant, sur le terrain, « le manque de moyens financiers et matériels » et « l’absence d’unités de sécurité spécifiques pour la protection des migrants » laissent souvent les forces de l'ordre et les populations dans une impasse. La gestion actuelle, bien que structurée autour de « l’évaluation des besoins et l’orientation vers les services compétents », semble dépassée par l’ampleur de la crise. Notre source de la brigade souligne que les dispositifs pour les plus vulnérables, comme les « centres d'accueil spécialisés pour les femmes et les enfants », sont essentiels, mais que les moyens globaux restent dérisoires face aux besoins réels.

Le manque d'infrastructures de base et de moyens de surveillance accroît la porosité des centres de transit, alimentant les craintes de la population. Pour les autorités, il est urgent de renforcer les « formations pour les agents de police et les travailleurs sociaux » et d'améliorer la coordination régionale pour désengorger l'île. Malgré l’exaspération face à l’augmentation des vols, le message des autorités reste un appel à la retenue. Il est demandé à la population de « respecter les droits des migrants et de les traiter avec dignité », tout en exigeant de l'État une « gestion efficace des flux ». L'enjeu est de taille : éviter que l'inquiétude légitime des citoyens ne se transforme en hostilité. La solution, selon les experts, passera par un soutien financier accru et une meilleure « protection des migrants » pour s'assurer que leur passage sur le territoire ne se fasse pas au détriment de la quiétude des Comoriens. La solidarité et la tolérance sont aujourd'hui mises à rude épreuve par une réalité qui demande des réponses immédiates et concrètes.

Mohamed Ali Nasra

 

 


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