La Gazette

des Comores

Maison d’arrêt de Moroni / Entre traitements inhumains, viols et corruption supposée

Maison d’arrêt de Moroni / Entre traitements inhumains, viols et corruption supposée © : HZK-LGDC

Les journalistes, Abdallah Abdou Hassani dit Abdallah Agwa et Oubeidillah Mchangama officiant à Fcbk Fm ont passé près de 4 mois en prison, en détention préventive. Libérés provisoirement le 30 mai, ils ont livré le 06 juin dernier, un témoignage édifiant et franchement lugubre de la maison d’arrêt de Moroni. Prison insalubre, dépourvue de sanitaires dans les cellules, emprisonnement de mineurs et viol supposé d’au moins un détenu (également mineur), ils ont aussi longuement évoqué la corruption supposée de juges qui monnayaient directement la libération de prisonniers en dehors bien évidemment de toute procédure légale.


Abdallah Abdou Hassani et Oubeidillah Mchangama, libérés provisoirement le 30 mai dernier ont retrouvé leur langue. Privés de parole pendant près de 4 mois, ils ont, au cours d’un entretien diffusé en direct sur Facebook le 06 juin, livré un témoignage édifiant sur les conditions carcérales, qui sont, n’ayons pas peur de la répétition, inhumaines et indignes.

 

« Nous avons eu à rapporter, avant notre incarcération, des déclarations d’anciens détenus ou de témoins privilégiés faisant état du mauvais traitement des détenus, de la corruption de certains juges ou encore de viols mais nous avons eu « la chance » de les vivre », ont fait savoir en tandem Agwa et Oubeid.

 

Mais avant d’en venir là, ils ont exprimé leur profonde colère contre un système carcéral totalement froid et déshumanisant. Pêle-mêle, concernant ce qui les a plus choqués durant leur  détention ils ont cité, « l’interdiction faite à Idi Boina d’assister aux funérailles de son frère, celle de Me Bahassani Ahmed de se rendre aux funérailles de sa mère, alors qu’une autorisation lui avait été accordée ». Concernant le cas Bahassani, Abdallah Abdou Hassani a ponctué son propos d’un, «  c’est la première fois que j’ai pleuré là-bas et aujourd’hui encore, je ne peux y penser sans avoir mal, même à l’époque des mercenaires, on n’avait pas atteint cette limite ».

 

Par ailleurs ils ont dit leur tristesse « qu’un grand commis de l’Etat, Ahmed Hassan El-Barwane en l’occurrence, plusieurs fois ministre, ancien député, ancien président de la Chambre de Commerce ait eu à séjourner dans la même cellule que nous, sur des matelas posés à même le sol, faisant en sorte de ne pas avoir à faire ses besoins dans un seau, à l’aide de médicaments qu’il prenait au coucher du soleil et à son lever ».  Les tonitruants journalistes ont révélé que le secrétaire général du parti Juwa avait demandé aux autorités judiciaires la permission de construire des toilettes à ses frais. Demande qui est restée sans suite.

 

Au cours de ce  même entretien, Agwa et Oubeid ont par ailleurs fait état de viols, qui seraient courants en prison. «  On nous a rapporté qu’un jeune de 16 ans s’était fait violer avant notre arrivée. C’était si violent qu’il a fallu suturer le pauvre garçon. Les responsables de la prison étaient partis voir le Dr Chakour (en prison à l’époque) pour que celui-ci le suture. Voyant l’étendue des dégâts, celui-ci a préconisé qu’il devait être soigné en milieu médical ». Ils ont aussi déploré l’emprisonnement d’une autre mineure pour atteinte aux bonnes mœurs durant le ramadan arguant « que cette punition n’était pas la solution ». Aux Comores, les mineurs et les adultes ayant commis des infractions sont emprisonnés au même endroit avec toutes les conséquences (désastreuses) que cela suppose.

 

Ils ont en outre regretté la corruption de certaines autorités judiciaires, qui n’hésitaient pas à monnayer la libération de prisonniers de droit commun. « J’appelle le président à nommer un receveur en prison parce que cet argent devrait être alloué au budget de l’Etat », a ironiquement relevé Abdallah Agwa. Celui-ci a parlé de « 5 cas où des détenus ont recouvré la liberté de façon totalement illégale, en l’échange d’espèces sonnantes et trébuchantes ». Ce sont des violeurs, des voleurs etc. Les journalistes de Facebook Fm ont dit, concernant la corruption de certains juges, être prêts à divulguer les noms des responsables au chef de l’Etat ou alors à son ministre de la justice.

 

L’ancien directeur de la Baraka Fm a enfin tenu à « féliciter Ahmed Ali Amir, ancien journaliste, qui a rejoint l’équipe de communication de Azali Assoumani, il a souligné l’engagement qui a été le sien au sein du corps des journalistes. Je sais que s’il ne parvient pas à réaliser les missions qu’il s’est fixées, il démissionnera. Mais pour l’instant, il est trop tôt pour le juger ».

 

Fsy

 


Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.