La Gazette

des Comores

Lutte contre la pollution : Le secteur privé se mobilise

Lutte contre la pollution : Le secteur privé se mobilise © : HZK-LGDC

Une table ronde stratégique réunit l’UCCIA, la COI, l’ANGD et l’expédition Plastic Odyssey, ce jeudi 3 juillet à Moroni pour repenser le plastique comme moteur de développement durable.


C’est autour d’une table, qu’acteurs publics, privés et régionaux ont lancé ce jeudi 03 juillet un appel fort à la transformation du plastique en opportunité économique. Organisée conjointement par l’UCCIA, le ministère de l’environnement, l’agence nationale de gestion des déchets (ANGD) et l’équipe de l’expédition Plastic Odyssey, cette rencontre visait à bâtir une vision partagée d’un avenir sans plastique jeté, mais avec du plastique valorisé.Dans son mot d’ouverture, Chamsoudine Ahmed, président de l’UCCIA, a salué la tenue de cette rencontre. « Je suis heureux d’être ici. Cette table ronde est l’occasion de collaborer avec les équipes du projet Plastic Odyssey, avec le soutien de la COI, de l’AFD et du Fonds français pour l’environnement mondial », a-t-il déclaré.Insistant sur le rôle du secteur privé, il a affirmé que le plastique n’est pas qu’un fléau environnemental, mais une ressource à valoriser. « La valorisation locale, la création d’emploi et l’innovation sont autant de leviers qu’il faut activer. L’adhésion des acteurs économiques est une condition essentielle pour réussir. »

L’UCCIA, qui assure actuellement la présidence du réseau Business Indian Ocean, entend ainsi porter au niveau régional la question de l’économie circulaire comme priorité. Du côté de l’État, le directeur général adjoint de l’ANGD a rappelé l’ampleur du problème : « Chaque jour, nous voyons les conséquences d’une gestion inappropriée des déchets plastiques comme la pollution des sols, des eaux, mais aussi impacts graves sur la santé. » Créée en 2020, l’agence s’est donnée pour mission de promouvoir une gestion durable des déchets, en lien avec les politiques nationales. Une stratégie nationale et une loi spécifique sont déjà en cours de mise en œuvre avec plusieurs partenaires, a-t-il souligné. Il a indiqué que le plastique ne représente que « 10% » des déchets solides aux Comores, mais qu’il est le plus visible, le plus durable et souvent mal éliminé, notamment à travers les bouteilles importées, omniprésentes dans les grandes villes.

Venue tout droit de l’océan Indien, l’équipe de Plastic Odyssey, expédition maritime internationale contre la pollution plastique, a marqué une étape importante dans le pays. Margot Rouzaut, responsable de mission, a présenté le navire bleu et blanc amarré à Moroni. « Nous avons parcouru le monde depuis octobre 2022, à la recherche de solutions concrètes contre le plastique. Ce que nous avons appris, c’est que les solutions existent, sont simples et peu coûteuses », a-t-elle affirmé. Le navire embarque un atelier de recyclage mécanique avec des machines conçues pour transformer les déchets plastiques en objets utiles : bancs publics, palettes, mobilier urbain. Ces innovations, pensées pour être accessibles, robustes et réparables partout dans le monde, ont déjà permis de créer des micro-usines locales dans plusieurs pays d’Afrique et d’Asie. À plein régime, une seule micro-usine peut créer jusqu’à 70 emplois directs et indirects.

Les discussions ont rapidement convergé vers l’idée de structurer une filière comorienne du plastique recyclé, depuis la collecte jusqu’à la transformation. « Pour réussir, il faut sécuriser les gisements de déchets, mobiliser les collectivités et créer un marché pour ces nouveaux produits », a rappelé Margot.

Des exemples inspirants du Sénégal, de Maurice ou encore de Madagascar ont été partagés. À Dakar, par exemple, des entrepreneurs recyclent déjà les plastiques en mobilier scolaire pour les établissements publics. Les intervenants ont également insisté sur l’importance d’impliquer les jeunes, les collectivités locales, les artisans et les entreprises de transport ou de restauration pour capter les déchets à la source. Au terme des échanges, un consensus s’est dégagé il s’agit de la gestion des plastiques qui est un défi qui peut devenir un levier de développement local durable. Encore faut-il créer les conditions par des cadres juridiques clairs, un accompagnement technique, un financement, et surtout l’engagement collectif. « Ce n’est qu’ensemble que nous pourrons bâtir une économie circulaire efficace, bénéfique pour l’environnement et la population », a conclu le président de l’UCCIA.

Mohamed Ali Nasra

 

 


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