À Moroni, la question de la drogue chez les jeunes devient une préoccupation majeure pour les familles et les autorités. Dans un entretien accordé à La Gazette des Comores, El-Had Abderemane Boinafoumou, directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur et président du réseau national anti-drogue (RéNAD), partage son analyse sur les causes, les signes et les moyens de prévenir la dérive des jeunes vers la drogue et la délinquance.
Selon Abderemane Boinafoumou, les comportements les plus visibles ne sont pas toujours les plus inquiétants. « Le basculement commence souvent silencieusement par une désocialisation progressive, une perte de repères et de motivation », explique-t-il. Parmi les signes d’alerte figurent le retrait social, la perte d’intérêt pour l’école ou les activités collectives, le changement de fréquentations vers des groupes marginalisés, l’errance nocturne, ainsi que des comportements impulsifs ou apathiques. Les réseaux sociaux amplifient cette vulnérabilité, favorisant une quête de validation rapide et une fascination pour la réussite immédiate.
L’évolution du phénomène est alarmante. « Le trafic a gagné en sophistication », précise-t-il. Si les saisies de drogue étaient de 250 kg en 1985, aujourd’hui des bateaux de plaisance servent à transborder des stupéfiants sur les côtes comoriennes. Les substances se diversifient : injections d’héroïne et de cocaïne, amphétamines sous forme de bonbons, et alcool consommé par les mineurs. La consommation touche désormais des profils variés, y compris des étudiants universitaires et des jeunes fonctionnaires.
Pour lutter efficacement, M. Boinafoumou insiste sur la prévention et le soutien familial. Les familles doivent créer un dialogue ouvert, surveiller sans étouffer, valoriser l’effort plutôt que le résultat, encourager les activités structurantes et donner l’exemple. Pour les institutions, il recommande de renforcer les dispositifs sportifs, éducatifs et professionnels, développer des stratégies nationales de prévention, créer des centres d’écoute non stigmatisants, soutenir les leaders communautaires et coopérer avec les forces régionales et internationales.
Le RéNAD, avec l’appui de l’OIF, de l’OMS et de l’Ambassade de France, s’est investi dans la sensibilisation et la formation des acteurs locaux. « La lutte contre la drogue ne se gagne pas uniquement par la répression, mais par la prévention, la dignité sociale et la construction d’espoir », souligne-t-il. « Un jeune qui se sent valorisé et qui a un horizon n’a pas besoin de s’évader artificiellement. »
Mohamed Ali Nasra
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