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Lutte contre la criminalité organisée : Les Comores misent sur la coopération régionale

Lutte contre la criminalité organisée :  Les Comores misent sur la coopération régionale © : HZK-LGDC

Le ministre de l'Intérieur, Mohamed Ahamada Assoumani, a ouvert, mercredi 29 juillet à Moroni, un forum régional de deux jours, consacré à la lutte contre la criminalité organisée et le trafic de drogue dans l'océan Indien. Organisée avec le soutien financier et scientifique du Royaume d'Arabie saoudite et de l'Université Naef des sciences de la sécurité, la rencontre réunit des responsables gouvernementaux, des diplomates, des experts régionaux ainsi que des représentants des forces de sécurité et de la justice.


Face à l'augmentation des saisies de stupéfiants et à l'évolution des réseaux criminels dans la région, le gouvernement entend renforcer la coopération régionale. Ce forum vise à élaborer une réponse commune contre les organisations criminelles qui utilisent l'archipel comme zone de transit. Selon les autorités, le trafic de migrants représentait, en 2025, 64 % des affaires judiciaires enregistrées. À l'ouverture des travaux, le ministre de l'Intérieur a estimé que « même le plus puissant des États ne peut plus contenir seul ces nouvelles formes de délinquance organisée ». Selon lui, les réseaux criminels exploitent les failles des systèmes nationaux et s'adaptent plus rapidement que les législations. Pour Mohamed Ahamada Assoumani, ce forum doit constituer un espace de concertation entre policiers, magistrats, services de renseignement et universitaires afin d'harmoniser les stratégies de lutte contre les différentes formes de criminalité transnationale.

Les échanges portent principalement sur quatre axes : l'essor des drogues de synthèse, connues localement sous les noms de « chimique » ou « shité », l'intégration de l'intelligence artificielle dans les enquêtes, le renforcement de la cybersécurité et l'amélioration du partage de renseignements entre les États de la région. Le ministre a dressé un état des lieux préoccupant de la situation sécuritaire. Outre le trafic de stupéfiants, les autorités font face au trafic de migrants, à la traite des êtres humains, à la fraude documentaire, au blanchiment de capitaux ainsi qu'au trafic d'espèces protégées. À l'appui de son intervention, il a indiqué qu'en 2025, près des deux tiers des dossiers traités par les services d'enquête concernaient le trafic de migrants.

S'agissant des stupéfiants, il a précisé qu'entre 2024 et 2025, les douanes et la gendarmerie ont saisi plus de six quintaux de cannabis. Dans le même temps, les saisies de cocaïne, d'héroïne et de drogues de synthèse, quasiment absentes du marché comorien il y a cinq ans, atteignent désormais près de 100 kilogrammes cumulés. Pour le ministre, cette évolution confirme l'intégration de l'archipel aux nouvelles routes régionales du narcotrafic. Autre sujet de préoccupation : l'élargissement du profil des consommateurs. « On retrouve aujourd'hui des usagers de 14 ans comme de 70 ans. Ce n'est plus une crise de l'adolescence, c'est une crise de société », a-t-il déclaré.

Le maire de Moroni a, pour sa part, insisté sur les conséquences sociales du phénomène. « Dans nos quartiers, nous gérons l'urgence sociale tous les jours. Les familles viennent nous voir parce que leurs enfants sont sous l'emprise de la "chimique". Nous ne disposons ni de centre de désintoxication ni de budget dédié à la prévention. Nous attendons de ce forum des actions concrètes, pas seulement des discours. Les mairies doivent être pleinement associées », a-t-il plaidé.

Présent à la rencontre, Mostafa Ibrahim Elbanna, chef du bureau de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), a rappelé que les différentes formes de criminalité transnationale sont étroitement liées. « L'océan Indien est un carrefour stratégique du commerce mondial, mais cette position le rend également vulnérable. La drogue finance les armes, les armes sécurisent le trafic de migrants, qui alimente à son tour le blanchiment de capitaux. Sans une coopération judiciaire renforcée, il sera difficile de démanteler cette économie criminelle », a-t-il déclaré.

De son côté, le vice-président de l'Université Naef des sciences de la sécurité, Khalid Al-Harfash, a souligné que le dernier rapport mondial de l'ONUDC établit un lien direct entre les crises géopolitiques et l'expansion du narcotrafic, notamment dans les espaces maritimes. Les ateliers techniques ont débuté jeudi à huis clos. Ils devraient déboucher sur l'adoption d'une feuille de route régionale destinée à renforcer la coopération entre les États de l'océan Indien dans la lutte contre la criminalité organisée.

El-Aniou Fatima

 


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