La Gazette

des Comores

Lutte anti corruption : Quinze ans de politiques publiques sous l’œil de Mohamed Mourchidi

Lutte anti corruption : Quinze ans de politiques publiques sous l’œil de Mohamed Mourchidi © : HZK-LGDC

La question de la corruption continue de s’imposer comme l’un des principaux défis de gouvernance en Union des Comores. C’est dans ce contexte qu’intervient le mémoire intitulé « Défis et perspectives de la lutte anticorruption en Union des Comores (2008–2025) », rédigé par Mohamed Mourchidi à l’Université Senghor d’Alexandrie. Sur plus de quinze années d’évolution institutionnelle, l’auteur propose une analyse détaillée des dispositifs juridiques, des structures mises en place et des acteurs impliqués dans ce combat complexe.


Dans son travail, Mohamed Mourchidi rappelle que l’Union des Comores est un État insulaire composé de quatre îles, marqué par une forte cohésion sociale et une population majoritairement musulmane. Selon l’auteur, ces caractéristiques ont longtemps favorisé des relations sociales fondées sur la solidarité et la tolérance, mais elles ont aussi, dans certains cas, contribué à une banalisation de pratiques contraires aux principes de bonne gouvernance. Il écrit que « la confusion entre solidarité sociale et complaisance institutionnelle a progressivement affaibli les mécanismes de contrôle ». Le mémoire consacre un développement important à l’adoption, en 2008, de la loi relative à la transparence des activités publiques. Cette réforme marque, selon lui, « la première tentative sérieuse de structuration juridique de la lutte anticorruption ». Cette loi a conduit à la création de la Commission nationale de prévention et de lutte contre la corruption, présentée à l’époque comme un outil central de moralisation de la vie publique. L’auteur analyse cependant les limites de cette commission, dissoute en 2016 avant que ses missions ne soient confiées à la Cour suprême. Il souligne l’insuffisance des moyens financiers et humains, l’absence d’indépendance réelle et les difficultés de coopération avec la justice et les forces de sécurité.

 

Dans son mémoire, il note que « l’échec de la commission a renforcé la perception d’une impunité persistante », contribuant à une perte de confiance de la population envers les institutions. Pour étayer son analyse, l’ancien député a mené une série de questionnaires auprès des principaux acteurs concernés par la lutte anticorruption. Journalistes, magistrats, avocats, représentants de la société civile, responsables de la Cellule de renseignement financier (CRF), anciens députés et hauts fonctionnaires ont été sollicités. Selon l’auteur, cette démarche permet « d’identifier les blocages à chaque étape de la chaîne anticorruption, depuis la révélation des faits jusqu’au traitement judiciaire ». Le mémoire accorde une place particulière aux journalistes. L’auteur observe que le journalisme d’investigation existe aux Comores, mais qu’il demeure fragile. Il souligne que « les journalistes font face à des pressions, à l’autocensure et à un cadre de protection juridique insuffisant ».

 

Les lanceurs d’alerte, quant à eux, sont décrits comme essentiels à la révélation des faits de corruption, tout en étant exposés à des risques importants. Le travail s’inscrit dans un contexte institutionnel renouvelé avec la création, par une loi de 2023, de la Chambre anticorruption de la Cour suprême, installée dans son nouveau siège le mardi 20 janvier dernier à Moroni. Sans établir de lien direct, le mémoire permet de replacer cette nouvelle structure dans une continuité historique marquée par des tentatives successives de réforme. Pour Mohamed, l’efficacité de cette chambre dépendra de « son indépendance, de ses moyens et de sa capacité à travailler en synergie avec la police, la gendarmerie et la CRF ». Sans posture militante, ce mémoire se présente comme une contribution académique à la compréhension d’un phénomène complexe. Il met en lumière les limites des dispositifs existants tout en esquissant des pistes de réflexion pour renforcer la prévention, la coordination institutionnelle et la crédibilité de la justice.

 

À travers cette étude couvrant près de deux décennies, l’auteur propose ainsi une lecture approfondie de la lutte anticorruption aux Comores, à un moment où les attentes citoyennes en matière de gouvernance et d’État de droit restent particulièrement fortes.

 

Mohamed Ali Nasra

 

 


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