Pour rendre le logement accessible aux familles comoriennes, l’Agence Nationale pour l’Habitat (ANH) mise sur l'habitat social, la valorisation des ressources locales et la Brique de Terre Comprimée Stabilisée (BTCS). L'objectif ambitieux est de réaliser 2 500 logements décents d’ici 2030.
L’accès à un toit décent reste un grand défi pour les ménages comoriens à revenus faibles et moyens. Confrontée à la flambée des prix des matériaux importés, l’ANH, créée en 2009 sous la tutelle du ministère chargé de l’Aménagement du territoire, souhaite repositionner son action. Lors d'une intervention sur l'ORTC, son directeur général, Youssouf Soidiki Halidi, a rappelé que cette priorité s’inscrit dans la trajectoire du Plan Comores Émergent. Pour contenir les coûts, l’agence mise sur la BTCS. Fabriquée à partir de terre locale, cette technologie réduit la dépendance aux importations tout en s'adaptant au climat. Afin de structurer la filière, des partenariats techniques ont été conclus avec le LNTPB, Arterre Mayotte et CRAterre France pour former les professionnels du bâtiment. Toutefois, le directeur général pose une condition : « L’usage de la BTCS doit s’accompagner du respect strict des normes techniques, du contrôle qualité et d’une bonne maîtrise de la mise en œuvre. Sans ces garanties, la durabilité ne peut être assurée. »
Au-delà des matériaux, l’ANH insiste sur la prévention des risques face aux cyclones, fortes pluies et glissements de terrain. Elle appelle les citoyens à la vigilance. Notamment par la vérification de la situation juridique du terrain, le respect des règles d’urbanisme et l'interdiction d'occuper les zones inondables. Pour l'agence, un habitat durable exige d'intégrer les règles parasismiques et paracycloniques dès la conception. Cela dit chez nous, le modèle de l'habitat groupé ou de l'appartement social n'est pas une habitude. Traditionnellement, chaque famille possède son propre terrain et sa propre maison, hérités ou acquis. Le recours à la location ou à la copropriété pour les citoyens vivant en milieu urbain est ainsi subi par nécessité économique. Introduire des programmes d'habitat de ce genre serait donc une aubaine pour eux. Pour déployer sa stratégie et accompagner ce changement, l’ANH s’appuie sur ses trois antennes régionales.
Elles ont pour mission d’informer les populations, de recenser les besoins locaux et d'épauler les collectivités. L’agence se positionne ainsi comme un facilitateur pour la mobilisation du foncier, la recherche de financements et l’appui technique aux communes. L’idée est de sortir d’une logique de réponse au coup par coup pour entrer dans une planification nationale cohérente. À travers ses quatre chantiers prioritaires, à savoir promouvoir l’habitat social, développer le logement économique, valoriser les matériaux locaux et accompagner les citoyens, l'agence cherche à structurer une politique globale. Le message de l’institution est que face au défi du logement, il ne s’agit pas seulement de construire plus, mais de construire mieux, avec des terrains sûrs et des normes respectées. Leur ambition finale étant de transformer l'habitat pour qu'il ne soit plus perçu comme un luxe, mais comme un droit fondamental adapté aux réalités économiques et environnementales du pays.
El-Aniou Fatima
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