En marge de la fête nationale malgache, la réouverture des lignes aériennes a achoppé sur une clause explosive : Madagascar exige la restitution automatique de ses biens saisis, au mépris des procédures judiciaires comoriennes. Ce à quoi Moroni a opposé une fin de non-recevoir.
Les coulisses de la rencontre bilatérale entre la délégation comorienne conduite par le chef de l'État, Azali Assoumani, et la présidence malgache, en marge de la fête nationale du 26 juin, ont été le théâtre d'un bras de fer électrique. Au cœur du blocage : la reprise des dessertes aériennes directes, suspendue à la signature d'un accord de sûreté aéroportuaire dont La Gazette des Comores a pu consulter les documents confidentiels.
Arrivé à Antananarivo à la veille de la fête nationale avec une forte délégation, Azali Assoumani a appris à ses dépens que le volet technique de cet accord n'avait pas été finalisé. Les deux parties ne sont en effet pas parvenues à s'entendre sur l'article 5 du projet portant sur le « renforcement du contrôle de la sûreté économique dans les aéroports et ports, ainsi que sur la restitution des biens saisis entre Madagascar et l'Union des Comores ».
La tension était telle que le président comorien a menacé de regagner Moroni sans signer les autres protocoles si le sujet était écarté. En amont de la rencontre, le blocage avait déjà fait l’objet d’intenses échanges par notes verbales interposées, datées du 24 juin, entre le ministère des affaires étrangères et l’ambassades des Comores à Antanarivo. Mis sous pression, le jeune ministre comorien des affaires étrangères, Mbae Mohamed, a pris pris langue avec son homologue malgache, Alice N'Diaye. C’est cette dernière qui s'est débattue pour porter le sujet à l'ordre du jour de l’entretien bilatéral à Iavoloha, dans l’espoir de dénouer l’impasse technique. Mais au cours de ce face-à-face, la question a été abordée sans qu’aucune avancée ne soit formalisée.
Le point de friction réside précisément dans le paragraphe 3 de cet article 5. Antananarivo tente d'y verrouiller un délai couperet d'un à trois mois maximum pour la restitution des biens saisis. La partie malgache exige que cette restitution soit « impérative, sans considération des procédures administratives et/ou judiciaires engagées encore pendantes ». Une formulation jugée « agressive » par Moroni, dont l’ambassade avait riposté dans sa note du 24 juin, en supprimant tout délai chiffré au profit de la formule plus vague « dans l'esprit du présent Accord ».
Pour comprendre la rigidité d'Antananarivo, il faut remonter à la genèse de cette méfiance, nourrie par le contentieux de décembre 2021. À l'époque, Moroni, plaque tournante des trafiquants en provenance de la Grande Île, avait saisi 49
kilos d'or de contrebande, estimés à 2,5 millions de dollars, transportés par deux ressortissants malgaches et un Comorien. II aura fallu quatre ans de pressions intenses du régime déchu d'Andry Rajoelina pour que Moroni finisse par restituer le métal précieux en mars 2025.
C'est précisément pour éviter de se retrouver à nouveau otage de ces lenteurs que les nouvelles autorités malgaches, qui ont pourtant juré avoir rompu avec les pratiques peu reluisantes du précèdent régime, veulent aujourd'hui forcer la main à un pays souverain et imposer un mécanisme d'automaticité pour contourner le pouvoir d'enquête comorien. Face à ce calendrier contraignant, les Comores ont opposé une fin de non-recevoir, elles qui refusent de se faire dicter le tempo de leur propre justice. Pour Moroni, il n'est pas question de brader son autorité judiciaire pour faire plaisir au puissant voisin dont l'archipel dépend fortement, notamment en matière de denrées alimentaires.
En attendant un improbable compromis, rappelons que les frontières aériennes entre les deux pays sont officiellement fermées par la partie malgache depuis juillet 2022. Faute de liaisons directes, des compagnies comme Ethiopian Airlines et Kenya Airways obligent désormais les passagers à transiter par Addis-Abeba ou Nairobi pour relier Antananarivo et Moroni. Un détour qui allonge le trajet de près de 21 heures et impose souvent une nuit de transit.
La réouverture reste, aujourd'hui plus que jamais, suspendue à la signature du fameux accord dont le volet sur la restitution automatique des biens saisis bloque les négociations. Un enlisement dont les voyageurs, les compagnies aériennes et les opérateurs économiques des deux pays font les frais dans cette crise politique qui n'a que trop duré.
La Rédaction
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