La Gazette

des Comores

Les festivités coutumières interdites l'après-midi des jours ouvrables

Les festivités coutumières interdites l'après-midi des jours ouvrables © : HZK-LGDC

Juillet-août est une période charnière chez nous. L'année scolaire s'achève, la diaspora arrive massivement pour les vacances, et les familles en profitent pour organiser leurs grands mariages. C'est dans ce calendrier déjà chargé que s'invite la circulaire controversée du ministère de l'Intérieur publiée le 17 juillet, qui prend de court tout un pays.


La note circulaire N°26-001/MIDAT/CAB, signée par le ministre de l'Intérieur, Mohamed Ahmed Assoumani, a immédiatement provoqué un tollé sur les réseaux sociaux. Son objet est explicite : « Interdiction des manifestations à caractère coutumier l'après-midi des jours ouvrables ». Le texte rappelle l'arrêté N°075/FOP fixant les horaires des fonctionnaires et relève que des manifestations coutumières, à savoir les mariages, grands mariages, cérémonies traditionnelles, réceptions et rassemblements similaires, sont régulièrement organisées durant les après-midis ouvrables, aux heures de service. Cette situation, selon le ministère, entraîne l’absentéisme des agents de l’Etat et perturbe le fonctionnement normal des administrations.

 

En conséquence, il est demandé aux autorités préfectorales et communales de ne plus accorder d'autorisation pour de telles manifestations l'après-midi des jours ouvrables (du lundi au vendredi). Ces cérémonies devront être programmées en dehors des heures de service, notamment les jours non ouvrables, les jours fériés ou après les horaires réglementaires. Les préfets et les maires sont chargés de sensibiliser les autorités coutumières et les chefs de village. Si l'objectif affiché est de préserver l'efficacité du service public, la mesure est loin de faire l'unanimité. Contrairement à ce qui a pu être relayé, la question ne concerne pas les agents en congé. Ceux-ci exercent un droit légal et ne sont pas visés par la circulaire, qui s'adresse aux personnels censés être à leur poste.

 

Le véritable point de crispation est ailleurs. À la mi-juillet, la plupart des familles ont déjà fixé depuis des mois les dates de leurs cérémonies, réservé les salles, engagé des dépenses et informé leurs proches de la diaspora. Leur demander de tout déplacer à la dernière minute relève, pour beaucoup, de l'impossible. « On a tout planifié depuis janvier. Comment annuler maintenant ? Les invitations sont parties, les familles sont déjà là, dont des membres venus de loin pour l'occasion », confie une habitante de Iconi dont la fille se marie fin juillet. D'autres dénoncent une décision prise sans concertation préalable avec les notables, les communes et les familles.

 

Comme le résume un chef coutumier : “Si elle est appliquée strictement, la mesure risque de provoquer un effet domino. Les familles qui ont déjà engagé des frais (location de salles, traiteurs, billets de la diaspora), devront tout reporter au week-end ou en soirée, créant un engorgement des samedis et dimanches. Pour celles qui maintiennent leurs dates, c'est le risque de célébrer sans autorisation municipale, ou de voir les invités fonctionnaires absents par crainte de sanction. À l'inverse, si les mairies ferment les yeux, la circulaire perdra toute crédibilité et alimentera le sentiment d'une administration qui décide sans tenir compte de ces citoyens. ” Entre volonté de réorganiser l'administration et réalité d'un calendrier social millimétré, la note du 17 juillet ouvre un débat sur la méthode autant que sur le fond. Une décision qui risque de frustrer de nombreux Comoriens par son caractère improvisé et inapplicable.

 

El-Aniou Fatima

 


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