Ses collègues lui reprochent de ne pas détenir un doctorat en pharmacie, condition sine qua non pour détenir une pharmacie. Reproches que le concerné balaie d’un revers de main, mettant en exergue dans sa stratégie de défense ses diplômes et son brillant parcours au sein de l’Union Européenne.
Le Conseil de l’ordre des pharmaciens lui met des bâtons dans les roues. Cela fait deux mois que sa pharmacie est omise du registre d’importation et de dédouanement. Privé de ses droits de pharmacien à Moroni par ses collègues, le docteur Nassib Said Bacar se sent victime d’un « règlement de compte ». Ses cinq ans d’études en pharmacologie à Bruxelles ne sont pas aux yeux de ses collègues suffisants pour prétendre à l’exercice de la profession.
Si le code de la santé de l’Union des Comores stipule clairement en son article 445 que seul « peut exercer la profession de pharmacien sur le territoire national, la personne titulaire d'un doctorat d'État en pharmacie, reconnu par l'Etat comorien », il convient de souligner que son diplôme obtenu à Bruxelles serait « l’équivalent d’un doctorat d’Etat en pharmacologie en France », pays dont, encore faut-il le souligner, les Comores miment le système éducatif.
Ses soucis démarrent l’année dernière quand sa cotisation annuelle est refusée par ses pairs qui lui ont expliqué qu’une vérification sur les diplômes des pharmaciens devait être déclenchée pour séparer le bon grain de l’ivraie. Au fil des mois, il a vu sa pharmacie retirée du registre du système de dédouanement sans que son agrément lui soit retiré par l’autorité compétente, à savoir le ministère de la santé. « Cela fait 2 mois que j’attends et aucune réponse justifiée ne m'est encore parvenue », regrette celui dont plusieurs cartons de médicaments se trouvent bloqués sans raison à la douane.
« Je suis bien d'accord qu'ils mènent des investigations et inspections pour le bien de tous, mais je me pose énormément des questions : comment puis-je être reconnu à l'étranger et ne pas être reconnu chez moi ? », s’interroge-t-il, même si, pour nous, la question aurait été : comment un diplôme reconnu par l’Etat français, ne l’est pas aux Comores, pourtant pays membre du système universitaire francophone ?
Il faut dire qu’au-delà du diplôme, le mis en cause a une carrière très riche. Avant de rejoindre le Conseil de l’ordre des pharmaciens en 2017 après un stage de 6 mois à la pharmacie de l’hôpital El-maarouf, Nassib Said Bacar a exercé pendant 10 ans. Du 1 juillet 2015 au 28 février 2017 par exemple, il a exercé en tant que pharmacien responsable et gérant à la pharmacie Sun Store Prilly Malley, en Suisse. Le 15 février, il devient le responsable de la pharmacie Sun Store, Genève aéroport.
De retour au pays, ce jeune pharmacien n’a pas lésiné sur les moyens pour investir dans son officine, pour faire de sa pharmacie l’une des mieux équipées de la capitale, en se conformant aux normes de sécurité sanitaire requise, ce qui n’est pas toujours le cas pour certaines pharmacies du pays.
Andjouza Abouheir
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