Selon le ministre des transports aériens et maritimes Djaé Ahamada Chanfi, la concrétisation du projet de création d’une compagnie aérienne nationale demande la somme de six milliards de nos francs. Une somme qui n’est pas encore disponible, pas plus que le partenaire stratégique à en croire notre interlocuteur. Interview.
Question : A combien se chiffre votre projet de création d’une compagnie aérienne nationale ?
Djaé Ahamada Chanfi : La création de la compagnie nationale est une des priorités du gouvernement comorien parce qu’elle est issue du Plan Comores émergent (PCE) et puise ses forces dans le plan de développement intérimaire qui s’étend entre 2020 et 2024. Pour un fonds de commerce, je me permettrais de dire que six milliards de nos francs pourraient nous faciliter cette tâche. Néanmoins, vous savez très bien que ce projet fait partie du projet phare numéro 5 du gouvernement. Un projet qui englobe la réhabilitation des aéroports, la modernisation des aéroports secondaires mais aussi la construction d’un nouvel aéroport à Anjouan. Ce même projet phare reprend aussi les infrastructures portuaires. Une partie de ces projets sont en cours notamment la réfection du port de Mohéli sur un montant estimé à 162 millions de nos francs. Certes cette tâche n’est pas si aisée mais nous avons cette ambition.
Question : Quel projet économique derrière cette compagnie aérienne ?
DAC : Dans un premier temps, parler d’économie c’est mieux. Mais peut-on vivre dans un pays comme le nôtre au XXIème siècle, parlant d’émergence, sans une compagnie aérienne nationale comme tout autre pays ? Sur le plan économique, le marché qui a été étudié et revu par les trois experts nationaux nous a démontré que ce marché est potentiel. Si à la date d’aujourd’hui des compagnies desservent dans notre archipel avec près de trois vols par semaine, cela veut dire que dans notre pays nous avons beaucoup de passagers et surtout que nous sommes dans un boulevard à fort potentiel. Je suis convaincu que le poumon de notre économie passe par le transport, et maritime et aérien. Il y a aussi derrière la création de cette société, le renforcement de la solidarité et de l’unité nationale.
Question : D’aucuns dans vos rangs affirment que la compagnie va permettre de développer le tourisme. En quoi une compagnie aérienne nationale constitue un prérequis dans le secteur du tourisme ?
DAC : Le gouvernement a comme vocation de faire du pays un nouveau pôle touristique dans la région Océan Indien. Mais est ce que nous pouvons parler de tourisme sans compagnie aérienne ? Si nous voulons faire des Comores un pôle d’excellence dans le secteur, alors nous devons nous atteler à ce projet et à cette volonté d’une compagnie nationale. Le touriste qui va venir de l’Europe pour passer deux ou trois nuits à Dar-es-Salam avant de rallier les Comores ne serait pas aisé. Alors, avec une compagnie nationale, cela va faciliter la rotation et la fluidité du tourisme. Une navigation qui serait moins chère et qui va attirer le plus grand nombre de personnes. Nos projets suivent une logique cartésienne et rigoureuse.
Question : L’État aurait-il un partenaire dans ce projet ?
DAC : Nous sommes à la recherche d’un partenaire stratégique. Nous avons pas mal de pays amis qui pourront supporter ce projet. Et cela va se faire à partir d’un appel d’offre international. Une fois que nous allons reprendre le chronogramme et toucher les acteurs nationaux, c’est là que tout va se déclencher et nous pousser à opter pour le partenaire stratégique tout en tenant compte des textes et des pourcentages à partager entre le partenaire et le pays. Et je vous rappelle qu’il y a des pays amis qui commencent déjà à manifester leur intérêt.
Question : On a vu avec Ikililou environs trois milliards de nos francs débloqués sans résultats. L’Etat a-t-il vraiment appris de ses erreurs sur ce point précis ?
DAC : Très sincèrement sur ce dossier j’en connais des choses parce que j’étais conseiller spécial du président Ikililou. Et, je peux dire qu’il y a eu des appareils et je dirais peut-être que si erreur il y a eu, cela doit être partagé car l’Etat son rôle c’est de débloquer les fonds mais il revient aux techniciens chargés du dossier de vérifier les retombés (…). L’achat d’un avion, la réfection et/ou la construction d’un aéroport ou d’un port sont des secteurs sensibles qui exigent une scientificité et des techniques adéquates que nous les politiques, nous ignorons. L’exemple c’est avec la question de l’énergie. Pour ce qui est de tirer des leçons des erreurs alors je peux dire que oui nous avons tiré de nombreuses leçons sur des nombreuses erreurs qui se sont produites et nous sommes convaincus que nous allons y parvenir.
Question : Est-ce que c’est la compagnie nationale sous l’ère Ikililou qui va renaître de ses cendres ou bien s’agit-il d’une toute autre compagnie ?
DAC : Non ! Cela n’a rien à voir car sous Ikililou il n’y avait pas de projet de compagnie. L’Etat a acheté deux appareils qui ont été donnés à des compagnies privées si je ne m’abuse. Un a été donné à AB-Aviation et un autre à la compagnie Int’Air Iles qui sont toutes les deux des compagnies privées. En conseil des ministres après avoir présenté le projet, il a été décidé d’organiser un conseil spécial en présence des experts qui ont bien expliqué techniquement les avantages et les inconvénients d’une compagnie aérienne, et son impact dans un pays.
Propos recueillis par A.O Yazid
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