La Gazette

des Comores

Interview Mme Soilha Mdahoma : « je ne suis pas parmi ceux qui se victimisent »

Interview Mme Soilha Mdahoma : « je ne suis pas parmi ceux qui se victimisent » © : HZK-LGDC

Dans le cadre du lancement d'un livre « Tsi shindi, Ngamdjo shinda », dédié à 12 femmes au parcours atypique, une initiative du commissariat au genre avec le soutien de l'ECES. La Gazette / HZK-Presse s'entretient avec neuf d'entre elles. Au tour de Soilha Said Mdahoma de se livrer à nos questions.


Q: Quel regard portez vous sur les conditions de la femme comorienne en général ?

 

Soilha S. Mdahoma : Les conditions de la femme comorienne par rapport à l'Afrique, on peut dire qu'elle est appréciable. Pourquoi. Parce qu’en général en Afrique c'est les femmes qui vont habiter chez les hommes. Or chez nous, c'est les hommes qui viennent habiter chez nous. Donc on est quand même avantagées dans la mesure où, en cas de conflit, vous chez restez chez vous. C'est plutôt l'autre qui emmène sa valise. Maintenant, il y a autre chose. C'est au niveau de tout ce qui est politique, administratif. Moi ce que je dis aujourd'hui, j'explique aux femmes que les hommes qui sont dans la politique, ce n'est pas arrivé par hasard. C’est qu'ils en ont eu envie. Ils on eu de la volonté. On n'est pas parti les chercher, ni leur tendre les bras. Si nous voulons aussi être présent dans les instances décisionnelles, c'est à nous de faire de la stratégie comme les hommes le font et faire comme eux, de conquérir le pouvoir. Moi, je ne suis pas parmi ceux qui se victimisent. Au contraire, parce que quand on regarde un petit peu, cet aspect, les femmes aujourd'hui comptent, ce sont des femmes qui sont respectées par les hommes. Moi, je parle de mon cas, par exemple en tant que maire, vous avez du voir qu'au niveau du congrès national qui a eu lieu en 2016, j'étais élue porte-parole des 54 communes du pays. Or il y avait des hommes qui étaient là. J'ai déposé ma candidature, parce que j'ai un parcours. Les hommes ont apprécié par rapport à ce que j'ai réalisé. Ils m'ont fait confiance par rapport à mon parcours. Nous les femmes aujourd'hui, si on veut y arriver, il faudra faire des actes. Mais surtout mener des combats. Faire des actions qui nous permettront d'être remarquées. Aujourd'hui l'ECES est en train de nous aider par rapport à ce livre qui est un boom. Parce qu'il permettra maintenant de savoir que la femme est valorisée.

 

Q: Vous avez un parcours atypique. Entrepreneur, militante, maire d'une commune. Que vous inspire cette expérience ?

 

S.M : Ce que cette expérience m'inspire aujourd'hui, c’est qu’on ne doit pas attendre des autres. Il faut d'abord avoir confiance en soi-même. Il faut se dire je peux. D'ailleurs vous avez vu « Tsi shindi, Ngodjo shinda ». Parce que moi, depuis le départ, je me suis dis que personne ne me tracera ma vie. Personne ne m'aidera, si moi même je ne m'aide. En fait c'est dans le mental. Un être humain, homme ou femme, tu dois te dire que personne ne fera rien sans vous. C'est à vous de chercher votre avenir. Moi, je n'ai pas fait de longues études. Je n'ai même pas passé mon Bac. L'époque révolutionnaire, on était enlevé de l'école. J'étais mariée très jeune à 15 ans. Mais cela ne m'a pas empêché de faire des discours devant des ministres français. Je suis allé au Qatar avec des ministres de haut niveau faire des discours. Tout cela parce que je me suis dis que je dois avoir de la confiance en moi.

 

Q: A votre avis, y a-t-il des avancées par rapport aux conditions de la femme comorienne ?

 

S.M : Moi, je pense qu'il y a des avancées. Parce qu'on sent dans les discours que les autorités ont envie. Le fait que maintenant elles prononcent des discours en faveur de la femme. C'est à nous d'aller vers eux et faire des propositions. Là, il y a la commissaire au genre qui est là, maintenant, il y a la ministre de la santé. Il y d'autres femmes qui sont dans les instances décisionnelles. Demain, elles vont aller à New-York. C'est les Comores qui vont parler à New-York au nom de l'Afrique. C'est quand même quelque chose d'important. Elles ont parlé en Éthiopie au nom de l'Afrique. La ministre de la santé va parler au nom de l'Afrique par apport à un programme qui va être mis en route.

 

Q: Pourquoi la femme comorienne peine à percer sur la sphère politique ?

 

S.M : Je pense que d'abord, il y a le manque de confiance. On n'a pas confiance en soi. Il y a aussi un manque de financement. Parce que vous savez que quand on fait de la politique, il faut adhérer à un parti politique et être à jour. Il y a aussi nos maris dont la majorité ne voit pas d'un bon œil que leur femme s'engage en politique. Parce qu'ils croient que la femme va leur marcher sur la tête, soit par une crise de jalousie.

 

 

 

 

            


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