La Gazette

des Comores

Interview : Djoumoi Ahmed plaide pour une citoyenneté active

Interview : Djoumoi Ahmed plaide pour une citoyenneté active © : HZK-LGDC

À l’approche des élections municipales prévues les 15 et 22 mars à Nice, Djoumoi Ahmed, engagé sur la liste « Unis pour Nice » conduite par Juliette Chesnel-Le Roux, revient sur son parcours politique et les motivations de sa candidature. Ancien candidat aux municipales de 2020 et militant de longue date, il évoque dans cette interview accordée à La Gazette Des Comores, la place de la participation citoyenne, notamment celle de la communauté comorienne, dans la vie politique locale. Il appelle également les habitants à s’engager davantage dans la construction de l’avenir de leur ville.


Question : Ce n’est pas votre première candidature aux municipales. Vous aviez déjà été candidat en 2020 sous les couleurs du Parti socialiste. Qu’est-ce que cette première expérience vous a appris et en quoi influence-t-elle votre engagement aujourd’hui ?

Djoumoi Ahmed : Avant de répondre à votre question, permettez-moi de vous remercier pour cette occasion de m’exprimer dans votre journal. En effet, ce n’est pas ma première candidature aux élections municipales. En 2020, j’ai eu l’honneur de me présenter sous les couleurs du Parti socialiste. Cette expérience a été déterminante, à la fois sur le plan humain et politique. Elle m’a appris l’importance du terrain : une campagne électorale se construit au contact direct avec les habitants, en écoutant leurs préoccupations et en comprenant leurs difficultés quotidiennes, qu’il s’agisse du logement, du pouvoir d’achat, des transports ou de la sécurité. Elle m’a également permis de mesurer les attentes fortes de nos concitoyens envers leurs élus : être présents, transparents, engagés et surtout efficaces. Cette expérience m’a appris l’humilité, le sens de l’écoute et la nécessité de travailler collectivement. Aujourd’hui, mon engagement s’inscrit dans la continuité de cette première expérience, mais avec davantage de maturité, d’expérience et de détermination pour défendre une ville plus juste, plus solidaire et plus inclusive.

Question : Cette année, vous vous présentez aux côtés de l’Union de la gauche, conduite par Juliette Chesnel-Le Roux. Pourquoi avoir fait le choix de rejoindre cette liste et qu’apporte-t-elle de différent selon vous ?

D A : Cette année, je me présente aux côtés de l’Union de la gauche « Unis pour Nice », qui regroupe les écologistes, le Parti communiste, le Parti socialiste ainsi que des citoyens engagés, autour de la candidature de Juliette Chesnel-Le Roux. J’ai fait ce choix parce que je crois profondément à la force du rassemblement. Cette union constitue une véritable richesse : elle permet de réunir des sensibilités différentes mais complémentaires autour d’un socle commun de valeurs, notamment la justice sociale, la transition écologique, la solidarité et la défense des services publics. Pour moi, cette dynamique représente une alternative crédible et ambitieuse pour les Niçoises et les Niçois.

Question : Votre engagement politique remonte à vos années lycée, avec un militantisme dès 2002, puis à l’UNEF à Aix-Marseille, avant votre implication au Parti socialiste et aujourd’hui au sein de la section Nice Rive gauche. Comment ce parcours a-t-il façonné votre vision de l’action publique ?

D A : Mon engagement politique est né dans un contexte historique particulier. Au lycée, au lendemain des accords de Fomboni de 2001, qui visaient à sortir les Comores de la crise séparatiste, j’ai commencé à m’intéresser activement à la vie politique. En 2002, j’ai milité au sein du parti CRC lors des élections qui ont conduit à la victoire d’Azali. Cette période a été fondatrice pour moi, car j’y ai découvert la force du débat démocratique mais aussi la fragilité des équilibres politiques. Lorsque je suis arrivé en France, j’ai poursuivi mon engagement en adhérant en 2003 à l’UNEF à l’Université d’Aix-Marseille. Ce militantisme étudiant m’a permis d’approfondir les questions d’égalité des chances et de justice sociale. Mon engagement au sein du Parti socialiste s’est ensuite imposé comme une continuité naturelle. Ce parcours a façonné ma vision de l’action publique autour de trois piliers : la fidélité aux convictions, l’ancrage dans les réalités sociales et la recherche permanente du progrès collectif.

4. Vous évoquez souvent la nécessité pour les Comoriens de s’impliquer davantage dans la vie politique locale. Pourquoi, selon vous, cette implication reste-t-elle insuffisante aujourd’hui à Nice ?

D A : À Nice, la communauté comorienne est l’une des plus importantes de la ville. Pourtant, malgré cette présence forte, sa représentation dans les sphères décisionnelles reste très limitée. Trop souvent, cette communauté est sollicitée uniquement en période électorale, puis oubliée une fois les élections passées.

Pourtant, nous comptons de nombreuses femmes et hommes compétents, diplômés et engagés dans la vie associative et économique. Il est temps de passer du statut de spectateurs à celui d’acteurs. Cela signifie s’engager dans les partis, participer aux conseils de quartier ou encore se porter candidats. Il ne s’agit pas d’une revendication communautaire, mais d’un appel à une citoyenneté active et responsable.

Question : Quels sont, d’après vous, les principaux obstacles qui freinent l’accès des Comoriens aux postes à responsabilité et à l’administration locale ?

D A : Plusieurs obstacles existent. Le premier est le clientélisme, qui fait parfois primer les réseaux personnels sur les compétences et le mérite. Ensuite, il y a un manque de coordination entre les différentes structures associatives de la communauté comorienne, ce qui limite la capacité à porter des candidatures fortes. Enfin, certaines personnes instrumentalisent la communauté à des fins personnelles, ce qui entretient la méfiance et décourage l’engagement.

Question :  Pensez-vous que le manque d’engagement politique de la communauté explique en partie cette situation, ou les causes sont-elles plus structurelles ?

D A : Le manque d’engagement peut jouer un rôle, mais il serait réducteur d’expliquer la situation uniquement par cela. Les causes sont aussi structurelles. Il existe un déficit d’organisation collective et un manque de coordination entre les associations. Pour peser réellement dans le débat public, il est nécessaire de construire une stratégie commune et de dialoguer efficacement avec les institutions.

Question : Concrètement, comment comptez-vous encourager les Comoriens de Nice à s’investir davantage dans la vie citoyenne et politique ?

D A : Cette sensibilisation doit se faire autour de trois axes : la proximité, la pédagogie et la représentation. Il faut organiser des rencontres avec les associations pour expliquer le fonctionnement des institutions locales et le rôle du conseil municipal. Il faut également sensibiliser les jeunes et les nouveaux arrivants à leurs droits et devoirs civiques. Enfin, il est essentiel d’encourager les talents issus de la communauté à intégrer les conseils de quartier, les associations de parents d’élèves ou même à se présenter aux élections.

Question : Au-delà de la communauté comorienne, quel message souhaitez-vous adresser à l’ensemble des Niçois sur l’importance de la participation citoyenne ?

D A : La participation citoyenne n’est pas un principe abstrait. C’est un levier concret pour faire évoluer la société. Voter, participer aux réunions publiques, proposer des idées : tout cela envoie un signal fort aux responsables politiques. Les habitants des quartiers populaires doivent prendre toute leur place dans le débat public.

Question : Certains estiment que la politique municipale reste éloignée des préoccupations des quartiers populaires. Partagez-vous ce constat ?

D A : Je ne partage pas totalement ce constat. La politique municipale est par définition une politique de proximité, qui traite de sujets concrets comme le logement, les transports, la sécurité ou l’éducation. Il peut arriver que certains habitants aient le sentiment d’un éloignement des élus après les élections, mais les services municipaux et les acteurs locaux continuent d’agir au quotidien.

Question :  Si vous êtes élu, quelles actions concrètes porterez-vous pour promouvoir l’égalité des chances ?

D A : Notre priorité sera de rendre l’égalité des chances réelle et concrète. Cela passera notamment par l’éducation et l’accompagnement des jeunes des quartiers défavorisés. Nous voulons mettre en place des programmes de mentorat, des ateliers de préparation aux concours et travailler avec les associations pour repérer et accompagner les talents. L’accès aux postes de responsabilité devra se faire dans la transparence, sur la base du mérite et de l’égalité de traitement.

Question : En quoi votre candidature peut-elle incarner un renouvellement politique à Nice ?

D A : Ma candidature incarne modestement un renouvellement générationnel, mais aussi une nouvelle manière de faire de la politique à Nice. Pendant longtemps, certains profils étaient peu représentés dans la vie politique locale. Aujourd’hui, les choses évoluent. Nous voulons porter une nouvelle génération engagée sur des sujets essentiels comme le logement, l’égalité des chances ou l’avenir des jeunes. J’invite les Niçoises et les Niçois à s’intéresser à la vie publique, à débattre et à voter. Les 15 et 22 mars prochains, je les appelle à soutenir la liste « Unis pour Nice », qui porte un projet ambitieux pour l’avenir de la ville.

Propos recueillis par Mohamed Ali Nasra

 


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