Après trente-cinq ans au service de l'État, dont six à Beit-Salam comme coordinateur de la communication, l'ancien directeur d'Al-Watwan puis ex-correspondant de Reuters et France Info entame une nouvelle page. À Moroni, il a ouvert Triple A, un bureau de conseil stratégique, diplomatique et de communication d'influence, qui veut faire passer la communication comorienne de l'événementiel à une approche structurée et méthodique. Il a accepté de répondre à nos questions.
Question : Vous ouvrez à Moroni votre bureau après avoir dirigé Al-Watwan, été correspondant Reuters et France Info, puis coordinateur de la communication de la présidence en 2021. Quel est son nom, et pourquoi avoir choisi maintenant pour passer du service de l'Etat à l'entrepreneuriat privé ?
Ahmed Ali Amir : Il s'appelle Triple A. Ce sont mes initiales. C'est aussi un clin d'œil au président Azali Assoumani qui m'appelle "3A", ainsi qu'un hommage à l'écrivain Salim Hatubou qui me nommait "Triple A". Notre baseline est : « Cultiver l'influence. Structurer la décision. Amplifier l'impact. ». Après trente-cinq ans de service public, le moment était venu de retrouver mon indépendance. Le Bureau intervient en amont pour définir les orientations, structurer des approches et élaborer des dispositifs d'action cohérents, en s'appuyant sur un réseau d'agences partenaires afin d’assurer l'exécution opérationnelle.
Question : Serait-ce une nouvelle orientation professionnelle ?
A.A.A : Ce n'est pas une reconversion, c'est une suite logique : capitaliser sur mon expérience au cœur de l'État et des grands sommets, du G20 à la ZLECAf, pour servir désormais le privé.
Mon projet initial n'était pas une agence de conseil Com, mais une agence de presse nationale, sur le modèle de l'AFP : une fabrique d'information vérifiée, vitrine crédible des Comores à l'international. Le projet a échoué par manque de compréhension institutionnelle. Sans un système d'abonnements publics, il n'y aurait pas eu de viabilité. Faute de ce soutien, j'ai donc lancé Triple A.
Question : Concrètement, qu'allez-vous vendre comme produits à travers ce bureau ? En quoi votre offre sera différente des agences informelles déjà présentes ?
A.A.A : Nous proposerons maintes offres, des relations presse, des stratégies digitales, de la gestion de crise et de la formation. Mais surtout, des politiques de communication. À Moroni, j'ai vu des agences très performantes sur l'exécution (banderoles, logistique, événementiel) rarement sur la conception. Il y a un manque, il faut compléter ce vide. Triple A intervient justement en amont pour élaborer la stratégie, structurer les dispositifs et piloter. Ensuite, nous nous appuyons sur un réseau d'agences locales déjà en place pour l'exécution. Notre plus-value, c'est uniquement ça : la réflexion. Notre équipe veillera à chaque étape, à la cohérence, à la qualité et à l'efficacité de la mise en œuvre, en assurant un suivi rigoureux et un contrôle stratégique des actions engagées. Par ailleurs, pour les missions nécessitant des expertises spécifiques ou des compétences pointues, le bureau mobilise des experts du pays qualifiés, garantissant ainsi des réponses adaptées aux réalités du terrain et aux exigences techniques les plus élevées. Une approche hybride, alliant vision stratégique, coordination opérationnelle et intelligence locale.
Question : Vous avez été la voix du pouvoir pendant six ans. Comment comptez-vous convaincre une entreprise, une ONG ou même un média critique que vous pouvez être leur conseil indépendant, sans conflit d'intérêt ?
A.A.A : Je ne vais pas convaincre. Je vais démontrer. La confiance ne se décrète pas, elle se gagne par le travail. J'ai été employé de l'État pendant trente-cinq ans, bien avant Beit-Salam, d'abord comme journaliste à Al-Watwan. Servir les institutions était la suite logique de mon engagement. Aujourd'hui, je fais une distinction claire entre service public et secteur privé.
Question : Certains vont se demander est-ce que l'ancien communicant du pouvoir peut devenir le conseiller crédible des entreprises, des ONG et même des médias indépendants ? Quelle est selon vous, l'approche face à la réticence ou au manque de confiance ?
A.A.A : La question est légitime. Mon approche est pragmatique : travailler avec moi est un choix, point barre. Je ne vais pas courir après ceux qui doutent. À Beit-Salam, je servais les institutions, pas un homme. J'ai acquis un recul, une expertise des environnements sensibles et des négociations complexes que je mets maintenant à disposition. Je constate d'ailleurs une demande croissante, que je traiterai progressivement.
Question : Dans trois ans, quel indicateur simple permettra de dire que le bureau Triple A a réussi ?
A.A.A : Dans trois ans, l'indicateur sera simple : si une entreprise, une mairie ou une ONG locale applique une vraie politique de communication conçue par Triple A, la mesure et la fait vivre au-delà des banderoles, alors nous aurons réussi. Quand on passera du bricolage à la stratégie, le pari sera gagné.
Propos recueillis par Hamdi Abdillahi Rahilie
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