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Interview /Mahamoudou Ali : « La grève a bien réussi »

Interview /Mahamoudou Ali : « La grève a bien réussi » © : HZK-LGDC

Président de la Nouvelle Opaco et membre du bureau de l'organisation de la grève du syndicat des commerçants (SYNACO), Mahamoudou Ali Mohamed nous fait un état sur la situation de la grève qui a débuté hier lundi et qui doit durer jusqu'à mercredi. Il estime que « la grève est bien réussie » et félicite l'ensemble des acteurs économiques qui se sont mobilisés.


Question : Vous avez déclenché une grève de trois jours. Le premier jour certains commerçants ont ouvert. Comment expliquez-vous cela ?

 

Mahamoudou Ali Mohamed : Effectivement que nous avons déclenché une grève et sans conditions. Je le redis encore que c'est une grève citoyenne, pacifique et contrairement à ce que dse gens disent, elle est apolitique. Nous n'obligeons personne puisque ce n'est pas la Nouvelle Opaco qui a décidé mais les commerçants. Ils ont décidé de faire grève et nous sommes là en soutien. Donc, comme nous sommes une population comme toute autre, certains ont préféré suivre le mot d'ordre et d'autres non. Je peux aussi vous assurer que ceux qui ont ouvert, c'est une infime minorité. Les grands magasins, les grands commerçants qui ont ouvert, sont des commerçants qui ont reçu une réquisition que tout le monde déclare illégale et ont ouvert avec des militaires postés devant leurs magasins. Même les pharmaciens suivent la grève et eux, ils ont fait les choses bien car ils ont écrit à leur ministère de tutelle pour annoncer leur ralliement au mouvement et ont mis en place une pharmacie de garde. Globalement, on peut dire que la grève est bien réussie. Il faut aussi savoir que nous ne faisons pas la guerre donc nous n'allons pas leur imposer.

 

Question : Est-ce que ça ne serait pas un revers entre commerçants vu que certains ont ouvert et d'autres non ?

 

M.A.M : Encore une fois, il faut le répéter que c'est une infime partie qui a ouvert. La grève, elle a été lancée par le petit commerçant. Dans l'assemblée générale qui a eu lieu mercredi dernier, 70% des 400 personnes présentes étaient des petits commerçants et ce sont eux qui ont demandé cette grève. Ils voulaient qu'elle soit déclarée instantanément mais nous leur avons sollicité une préparation, donc un préavis. Qu'il y ait quelques commerçants qui n'ont pas suivi le mot d'ordre, on ne peut pas dire qu'il s'agit d'un échec.

 

Question : Le gouvernement par la voie du ministère des finances estime avoir répondu à vos doléances. Pourquoi grever ?

 

M.A.M : Nous n'avons pas présenté des doléances. Le ministre des finances n'a pas rencontré le collectif mais il a rencontré Ahmed Bazi qui ne représente plus le secteur privé car son mandat est fini depuis longtemps. Nous ne l’avons pas désigné pour nous représenter. Si le ministre veut nous rencontrer, pourquoi il ne nous appelle pas nous et/ou le collectif, le SYNACO, une personne du comité d'organisation ou une dame de Volo-volo au lieu d’appeler Ahmed Bazi ? Je ne sais pas quelles sont les doléances auxquelles il a répondu mais pas les nôtres.

 

Question : Et dans ce contexte, quelle est la position de l'UCCIA ?

 

M.A.M : L'Union des Chambres de Commerce, logiquement, est une institution d'appui au secteur privé, ce n'est pas le secteur privé bien qu'aujourd'hui elle s'est érigée en secteur privé. C'est nous qui les avons élus. Logiquement, ils doivent soutenir toutes les initiatives et actions du secteur privé et s'ils en font autrement, c’est qu’ils n'ont pas compris leur mission. 

 

Question : Êtes-vous confiant que les commerçants ne vont pas céder à la pression des autorités ?

 

M.A.M : Le jour de l'AG, nous avions décidé une grève jusqu'à midi et les commerçants, eux, avaient exigé qu'on fasse trois jours. Et encore une fois, je rappelle que ce n'est pas une grève lancée par la Nouvelle Opaco mais par les commerçants. Et s'ils l'ont lancée sans conditions c’est parce qu’ils souffrent. Est-ce qu'ils vont céder pour une journée ou deux alors que les souffrances sont toujours là ? Je ne le pense pas. Nous espérons que tout le monde va suivre et résister.

 

Question : Quelle stratégie allez-vous mettre en place pour attirer d'autres syndicats notamment Wusukani wa Masiwa dans cette grève ?

 

M.A.M : Discuter avec eux. Nous nous devons d'entamer la discussion avec tous les syndicats. Et pour ce qui est de Wusukani wa Masiwa, ils nous ont dit qu'ils ne grèvent pas parce qu'ils sont en pleines négociations avec le gouvernement et qu'ils ne peuvent pas prendre le devant dans cette grève. Seulement, ils ont affirmé leur soutien. Et j'espère qu'ils vont eux aussi exprimer leur ras-le-bol parce que ce ne sont pas seulement les commerçants et les grands patrons qui souffrent mais toute l'économie nationale. Si vous regardez les lois de finances depuis 2016, il y a une taxe douanière qui augmente. Ce n'est pas facile d’autant plus que pour les lois de finances qui sont établies, en aucun moment le secteur privé n'est convié alors que c'est nous qui assumons une grande partie de l'économie du pays.

 

Question : Le pays est parti faire appel à des investisseurs étrangers. Vous ne constatez pas que cette grève risque de mettre tout en péril ?

 

M.A.M : Si les investisseurs entendent ce qui se passe chez nous, ils vont réfléchir mille fois avant de s'engager. S'ils voient tout ce qui se passe, la pression que nous subissons, ils vont alors se demander ce que eux vont subir. Et c'est une grande perte pour le pays.

 

Question : Pour ceux qui vous accusent de défendre les intérêts de votre entreprise, quelle est votre réponse ?

 

M.A.M : Je vous annonce que cela fait dix ans que les prix de CBE n'ont pas changé pendant que d'autres changent les leurs. Moi je n'importe presque rien sinon il faut attendre tous les trois mois pour que j'importe une pièce pour mes engins et une grosse pièce tous les trois ans. Donc si je me suis engagé dans un tel combat, ce n'est pas pour mes intérêts et face à des tels propos, je ne sais pas quoi dire.

 

Propos recueillis par A.O Yazid

 


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