La Gazette

des Comores

Interview / Me Said Larifou « 67.000 comoriens sont en état de détresse sociale »

Interview / Me Said Larifou « 67.000 comoriens sont en état de détresse sociale » © : HZK-LGDC

L’avocat Said Larifou est revenu sur la libération ce jeudi 26 décembre, d’un jeune Comorien, enlevé aux frontières entre l’Algérie et la Tunisie, en septembre dernier. Entre négociations et critiques des politiques migratoires, l’avocat franco-comorien dénonce l’inaction des autorités et appelle à des actions concrètes pour protéger les migrants comoriens face aux réseaux criminels sévissant en Afrique du Nord. Il a accepté de répondre aux questions de La Gazette des Comores / HZK-Presse.


Question : Pourriez-vous revenir sur les circonstances de l’enlèvement de ce jeune Comorien en Afrique du Nord ? Comment avez-vous été impliqué dans cette affaire ?

Said Larifou : Le jeune Comorien a été enlevé aux frontières entre l’Algérie et la Tunisie dans un contexte marqué par une forte vulnérabilité des migrants face à des réseaux criminels. Son enlèvement semble être lié à des groupes organisés qui ciblent particulièrement les personnes en situation de migration. J’ai été impliqué dans cette affaire après avoir été sollicité par des proches de la victime ainsi que par des associations de défense des droits des migrants. Mon rôle a consisté à mobiliser toutes les ressources disponibles, tant humaines que juridiques, pour localiser l’otage et engager les démarches nécessaires en vue de sa libération.

Question : Quels défis avez-vous rencontrés lors des négociations pour sa libération ?

S.L. : Les négociations ont présenté de nombreux défis. Il a été difficile d’obtenir une coopération initiale de la part de certains acteurs locaux qui ne sont pas habitués à voir une implication très active et sur place d’un avocat étranger. La localisation des ravisseurs, opérée avec efficacité et l’aide de mes réseaux s’est avérée complexe et a nécessité une enquête approfondie. De plus, il a fallu coordonner avec des autorités qui n’étaient pas toujours disposées à s’impliquer activement ou qui manquaient de moyens pour intervenir efficacement. Par ailleurs, la pression du temps combinée à l’état de santé préoccupant de l’otage, menacé d’exécution et de chantage, a rendu les discussions encore plus délicates. Et le temps ne jouait pas en faveur de mon client dont l’état physique et mental se dégradait sérieusement. Il était impératif et primordial de le retrouver vivant et libre.

Question : Quelles organisations ou individus ont particulièrement contribué à cette libération, et comment s’est déroulée leur collaboration ?

S.L. : Cette libération a été rendue possible grâce à l’intervention de plusieurs acteurs clés. Les autorités tunisiennes ont été sollicitées pour apporter leur soutien opérationnel. Des ONG locales et internationales, spécialisées dans l’assistance aux migrants, ont joué un rôle crucial en fournissant des informations et en facilitant les démarches. La diaspora comorienne a également contribué en établissant des contacts stratégiques avec les parties impliquées. La collaboration entre ces différents acteurs a reposé sur une communication fluide et une coordination rigoureuse afin d’éviter tout retard ou malentendu.

Question : Pensez-vous que ce type d’enlèvement est lié à des réseaux de trafic ou à des raisons particulières ? Que pouvez-vous dire sur les risques auxquels les migrants comoriens sont confrontés dans cette région ?

S L. : Ce type d’enlèvement est probablement lié à des réseaux de trafic d’êtres humains ou à des groupes criminels cherchant à extorquer des rançons. Les migrants comoriens, souvent jeunes qualifiés à la recherche d’une vie décente et dépourvus de ressources suffisantes, sont particulièrement exposés à ces dangers en raison de leur vulnérabilité et de leur méconnaissance des risques spécifiques dans certaines régions notamment en Afrique du Nord. Des informations diffusées par des organisations spécialisées évoquent le chiffre de 1.200 migrants dans certains pays du Maghreb et réduits à l’état d’esclavage. Ils sont livrés à des réseaux impliqués dans des trafics humains. Ces situations soulignent l’urgence et la nécessité de mieux informer les migrants sur les dangers auxquels ils s’exposent lorsqu’ils traversent des zones où de tels réseaux opèrent sans contrôle et en toute impunité.

Question : D’autres jeunes Comoriens sont portés disparus en Afrique du Nord, notamment en Mauritanie. Quelles actions envisagez-vous ou préconisez-vous pour les retrouver ?

S.L. : Pour retrouver d’autres jeunes Comoriens portés disparus, notamment en Mauritanie, il est nécessaire de renforcer la coopération avec les autorités locales et internationales. Les organisations de la société civile ainsi que les ONG spécialisées doivent être mobilisées afin de maximiser les chances de succès. La mise en place d’un réseau d’alerte rapide permettant de signaler les disparitions dès qu’elles surviennent est également essentielle. Par ailleurs, des campagnes d’information ciblées devraient être menées pour sensibiliser les migrants aux dangers avant leur départ et les inciter à adopter des comportements prudents.

Question : Auriez-vous un message pour les familles et les autorités ?

S.L. : Mon message aux familles, est de garder espoir et de rester mobilisées car leur soutien est essentiel dans ces moments difficiles. Aux instances internationales, je souhaite rappeler l’urgence de prendre conscience de la gravité de ces enlèvements et d’intensifier les actions visant à démanteler les réseaux criminels qui exploitent les migrants. Ces drames appellent une réponse collective et concertée pour protéger les plus vulnérables. Je suis sidéré par le manque d’initiatives et d’actions concrètes de la part des Etats, des organisations et des institutions pour démanteler ces réseaux criminels. Je m’interroge sur l’usage fait des fonds alloués à la question de migration dont une grande partie sont affectés à des pays africains qui affichent une hostilité ouverte et publique aux africains subsahariens et tolèrent l’implantation sur leurs territoires des réseaux de traite humaine.et criminel.

Pour les autorités comoriennes, Il est essentiel de reconnaître la responsabilité de l’État comorien et du président Azali dans cette crise migratoire. Alors près de la moitié de comoriens vivent a l’extérieur du territoire comorien, l’absence de politiques migratoires adaptées, de mécanismes d’assistance consulaire efficaces et de coopération avec les pays d’accueil traduit l’indifférence voire la démission des autorités comoriennes qui de ce fait, exposent les citoyens comoriens à des risques considérables et leur font subir les conséquences de leur turpitude. Cette inaction met en lumière une négligence alarmante face à la protection et l’assistance de nos ressortissants, notamment ceux en situation de migration. Le gouvernement doit impérativement prendre des mesures concrètes pour garantir la sécurité et la protection consulaire aux citoyens comoriens, en instaurant des programmes de prévention et collaborer activement avec les organisations internationales et des organisations spécialisées.

Pas moins de soixante sept mille (67.000) comoriens, en majorité des étudiants, sont en état de détresse sociale et vivent dans une extrême précarité à l’étranger. En tant que garant de la sécurité et du bien-être des Comoriens, le président Azali doit assumer pleinement ses responsabilités et engager des actions fortes pour venir en aide à nos compatriotes en état de détresse et éviter que de telles tragédies ne se reproduisent. Je pense qu’une réflexion engagée en partenariat avec des organisations des étudiants comoriens, des migrants, des organisations représentatives des parents des migrants et des organisations internationales spécialisées s’impose. Il s’agit d’une urgence pour explorer des solutions pérennes et durables à ce fléau. Il convient de souligner que la question des migrants implique de nombreux pays africains mais des dirigeants de ces pays ont mis en place des politiques publiques qui sont engagées sérieusement dans des actions concrètes en faveur de leurs ressortissants vulnérables et tentés à migrer souvent dans des conditions périlleuses.

Propos recueillis par Mohamed Ali Nasra 

 


Les contenus publiés dans ce site sont la propriété exclusive de LGDC/HZK Presse, merci de ne pas copier et publier nos contenus sans une autorisation préalable.