Le vice-président du conseil d'administration de la Bfc Dhaidan Almutaire se livre pour la première fois à la presse de la place après le bras de fer opposant la banque et son directeur général incarcéré pour blanchiment. Une interview exclusive accordée à La Gazette des Comores / HZK-Presse, sans concession.
Question : L'ancien directeur général de la Banque fédérale du commerce (Bfc) est incarcéré suite à une plainte du conseil d'administration. Qu'est-ce qui s'est réellement passé ?
Dhaidan Almutaire : En ma qualité de vice-président de la banque qui s’occupe aussi des audits, on a reçu des informations émanant d'ici concernant des anomalies qui se produisent. Après investigations, et on a découvert qu'il avait des pratiques contraires à la déontologie bancaire. Le directeur avait outrepassé ses droits. Et de là, on a constitué un rapport et on l’a remis au procureur de la République et l'affaire a eu le déroulement que vous connaissez.
Question : Vous voulez parler des quatre comptes ouverts par des étrangers non résidents. Mais l'avocat d'Amine soutien le contraire et assure que le conseil d'administration a été bel et bien informée ?
D.A.: Amine a dit devant le juge et le procureur que Cheikh Sabah n'est même pas au courant de toutes ces affaires là. C'est une des raisons qu'il y a un coté louche dans cette opération. Quand ce débat a été exposé au cours du conseil d'administration qui s'est tenu ici, Amine était là et d'ailleurs il a signé le procès verbal, on lui avait demandé celui qui l'a autorisé à ouvrir ces comptes là sans que le conseil d'administration soit même au courant. Il a répondu qu'il a reçu les informations du chauffeur de Bachar. On lui avait dit que quand on reçoit de telles informations il faut aviser la banque centrale pour prendre son approbation en vue de vérifier la provenance des fonds. Ce qu'il n'a pas fait.
Question : Donc vous persistez et signez que le conseil d'administration n'a pas été informé ?
D.A.: Il n'a été saisi de rien. C'est une des raisons qu'il y a eu un conseil ici pour lui demander des explications. Cheikh Sabah n'a pas été averti. La première fois que le conseil était au courant, on lui avait dit pourquoi vous ne vous adressez pas directement à Cheikh Sabah mais vous prenez des informations du chauffeur de Bachar.
Question : Amine ne serait-il pas victime d'un conflit entre les actionnaires comme son avocat le soutient ?
D.A. : Il dit que quand il était à l'aéroport de Beyrouth c'est là que le chauffeur de Bachar lui a ramené les dossiers. Et c’est qu'on lui a dit comment se fait-il qu'on te donne des documents à l'aéroport pour ouvrir un compte. Il a répondu que les comptes ont été ouverts par erreur, c'est pour cela qu'ils ont été fermés. Amine peut dire ce qu'il veut mais ce sont des faits tangibles.
Question : Le nom de Bachar revient à plusieurs reprises dans vos propos. Quelle est son rôle actuel dans cette banque ?
D.A.: Le conseil d'administration a plusieurs cas de Bachar au niveau du tribunal en Égypte, au Bahreïn et maintenant aux Comores. Actuellement Bachar ne peut pas quitter le Koweït parce qu'il est assigné, interdit de quitter le territoire.
Question : Donc, cela confirme qu'il y a conflit entre associés ?
D.A : Ce n'est pas un conflit. La banque appartient à 100/100 au Cheikh Sabah. Il n'y a pas d'actionnaire autre que lui. Et le Cheikh Sabah ne peut pas se battre contre lui-même.
Question : N'avez-vous pas peur que cette affaire égratigne l'image de la banque ?
D.A. : Non. On est là pour faire le nettoyage afin de redorer l'image de la banque. Parce que ce n'est pas les brebis galeuses qui viendront derrière. Maintenant qu'on est là pour nettoyer la banque et la stabiliser, la solidifier, on pourra la développer. On ne peut développer la banque sans la nettoyer en amont. C'est simple et logique. C'est la politique du conseil d'administration. Là nous sommes entrain de travailler avec M. Ibrahim Gouranna un expert comptable et auditeur pour éventuellement faire la lumière sur les agissements de Cgh, de Twama Télécom, de Albalad, de Bachar Kiwan, Majid Souleimane, Ali Kazma, Ali Majid et le directeur qui était là de la banque afin de sortir des rapports d'anomalies, si toutefois il y en a, et qui seront déposés au tribunal.
Question : Si je vous suis, il faudra attendre d'autres plaintes pour d'autres cas ?
D.A. : Là l'expert finalise le dossier de Cgh avec toutes les anomalies retrouvées, au tour de notre avocat de rédiger la plainte qui sera déposée la semaine prochaine au parquet pour instruction. La politique de Cheikh Sabah est très claire. La Bfc est une banque comorienne on va favoriser les comoriens à ce niveau là. On va favoriser les compétences locales.
Question : Etes-vous au courant que le directeur de la banque a été auditionné par la commission parlementaire qui enquête sur la citoyenneté économique ?
D.A.: Je sais. Mais la banque a été établie en 2006 et a commencé à travailler en 2008. Et que le programme de la citoyenneté a commencé en 2011. Donc cela montre que la banque n'a pas été établie en même temps que l'affaire des passeports. On n’est pas responsable de ce que les gens disent, on est responsable des faits.
Question : Mots de la fin ?
D.A.: Le Cheikh Sabah arrive la semaine prochaine, il va y avoir des rencontres avec le président de la République et certains ministres. Il y a une société Comores-Koweït qui a été instaurée entre l'État comorien et Cheikh Sabah dont le capital sera de 30 millions d'euro. On va nous juger par les actes pas par les paroles. Après les reformes, la banque redeviendra le numéro 1 de la place.
Propos recueillis par Maoulida Mbaé
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