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Interview / Ali Mohamed Les Comores à l’heure des sciences et techniques nucléaires

Interview / Ali Mohamed Les Comores à l’heure des sciences et techniques nucléaires © : HZK-LGDC

Du 3 au 7 août à Moroni, les Comores réunissent l'AIEA et six nations africaines pour structurer leur sécurité nucléaire. Cadre réglementaire en attente, détection aux frontières, santé et gestion de l'eau : entretien avec le directeur de l’enseignement supérieur, Ali Mohamed, sur une révolution silencieuse qui entend transformer le paysage sanitaire et scientifique comorien. Interview.


Question : Du 3 au 7 août 2026, les Comores accueilleront un atelier consacré aux techniques nucléaires. Le contexte et les objectifs ?

Ali Mohamed : C’est une première. Du 3 au 7 août à Moroni, nous accueillons 6 pays francophones africains pour travailler sur l’architecture de détection en matière de sécurité nucléaire. Le contexte est urgent : aujourd’hui les risques liés aux rayons ionisants sont réels dans nos ports, nos aéroports, nos centres d’imagerie médicale et même dans certaines industries. Or, en l’absence d’un régulateur pleinement opérationnel, la population est exposée. L’objectif de cet atelier est donc double : Renforcer la sécurité pour détecter toute matière illicite, accélérer la mise en place de notre cadre réglementaire national. Il est temps de passer à l’action.

Question : Le terme « nucléaire » est associé aux armes. Pourquoi encourager les usages pacifiques ?

AM : Parce que le danger n’est pas la science, mais son absence de contrôle. Le vrai risque aujourd’hui, c’est de ne pas avoir de cadre. Le nucléaire pacifique sauve des vies : dans nos hôpitaux pour le diagnostic, dans l’agriculture, dans l’eau. Mais il faut l’encadrer. C’est pour cela que les institutions comme l’AIEA nous accompagnent. Elles nous aident à utiliser ces techniques en toute sécurité pour le développement.

Question : Pourquoi maintenant ? Cela s’inscrit-il dans une stratégie ?

AM : Oui. C’est une urgence de santé publique et de sécurité. Nous ne pouvons plus attendre. Le Gouvernement s’est engagé et nous attendons la signature du décret portant création de l’Autorité de Réglementation en Radioprotection et Sûreté Nucléaire, l’ARSN. Cet atelier arrive pour préparer le terrain : former, planifier, et être prêts dès la signature du décret pour être pleinement opérationnels.

Question : Quels secteurs vont en bénéficier concrètement ?

AM : 4 secteurs sont prioritaires et urgents.

- Santé : Nous travaillons sur le projet de mise en place d’une unité de radiothérapie pour le diagnostic et le traitement du cancer aux Comores. C’est un besoin vital pour nos populations.

- Sécurité : Sécuriser nos ports et aéroports contre le trafic illicite de matières radioactives.

- Imagerie médicale et industries : Contrôler l’usage des rayons X et des sources radioactives pour protéger le personnel et les patients.

- Agriculture et Eau : Lutte contre les ravageurs et gestion de nos nappes phréatiques. 

Dans tous ces secteurs, l’enjeu est le même : utiliser la technique tout en protégeant l’homme.

Question : Quelle est la place de l’AIEA et des partenaires ?

AM : Elle est déjà concrète. L’AIEA nous a appuyés pour équiper notre laboratoire de dosimétrie. Nos techniciens sont déjà formés. Ce laboratoire est la base pour surveiller l’exposition des travailleurs et de la population. La coopération nous apporte aussi l’expertise pour rédiger les textes, former les inspecteurs et acquérir les équipements de détection. Sans l’AIEA et les 6 pays présents cette semaine, nous n’irions pas aussi vite.

Question : Quelles retombées concrètes à moyen et long terme ?

AM : Elles sont déjà en marche. A court terme : la signature du décret de l’ARSN et la mise en œuvre de la loi. Ceci permettra aux inspecteurs de l’autorité de régulation de Controller les centres d’imagerie médicale, les industries utilisant des rayonnements ionisants, etc. A moyen terme : la mise en service de l’unité de radiothérapie pour que nos malades du cancer n’aient plus à quitter le pays, le control de nos nappes phréatiques par la technologie de l’hydrologie isotopique, lutter contre la pollution du plastique par les méthodes et techniques nucléaires, des projets dans le secteur de la sante par exemple la lutte contre le paludisme par la méthode de stérilisation des moustiques vecteurs du parasite et tant d’autres. A long terme : la création de formations universitaires pour former nos propres physiciens médicaux, radioprotectionnistes et experts en détection. L’atelier de cette semaine est le catalyseur de tout cela.

Question : Quel message pour la communauté universitaire et la population ?

AM : A la population : le plus grand danger aujourd’hui est l’absence de régulation. Avec l’ARSN et ce laboratoire de dosimétrie, nous mettons en place un bouclier pour vous protéger. Aux étudiants : le projet de radiothérapie et les nouveaux équipements vont créer des métiers nouveaux. Formez-vous en physique, en médecine, en ingénierie. L’avenir est ici. Le message est simple : la science nucléaire aux Comores sera une science de protection et de soin.

Question : Avons-nous les ressources pour accompagner ce développement ?

AM : Nous avons commencé. Le laboratoire de dosimétrie est équipé et les premiers techniciens sont formés par l’AIEA. C’est une avancée majeure. Des médecins et paramédicaux sont formés ou en cours de formation pour la prise en charge de la future unité de radiothérapie au CHU El-Maarouf, des inspecteurs en radioprotection et des spécialistes en règlementation sont déjà prêts à servir. Mais pour l’unité de radiothérapie et pour contrôler tous les secteurs, il nous faut aller plus loin : former des physiciens médicaux, des ingénieurs, des inspecteurs. Cet atelier sert justement à planifier ces besoins en formation.

Question : Est-ce un levier pour l’autonomie scientifique des Comores ?

AM : Oui. Avoir notre propre laboratoire de dosimétrie, notre propre autorité de régulation, et demain notre propre unité de radiothérapie, c’est cela la souveraineté. Et c’est exactement la vision du chef de l’Etat à travers le PCE, Projet Comores Emergents à l’horizon 2030. Cela veut dire ne plus dépendre de l’étranger pour savoir si un travailleur est irradié, ou pour soigner un malade du cancer. C’est reprendre le contrôle sur notre santé et notre sécurité, un début de notre indépendance sanitaire en quelque sorte.

Question : Avons-nous le cadre réglementaire et de sûreté ?

AM : Nous sommes à un tournant. Le cadre est en cours de finalisation. Nous attendons la signature du décret de l’ARSN qui est l’acte fondateur.  Le défi est immense : il faut réglementer les ports, les aéroports, les hôpitaux, les industries. Il faut des inspecteurs, des équipements, des contrôles.  Cet atelier marque le début officiel de ce processus de structuration nationale. Avec l’appui de l’AIEA, nous allons bâtir un système solide, sûr et adapté aux Comores.

 Propos recueillis par Ibnou M. Abdou 

 


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