La jeune femme de 25 ans accusée d’infanticide sur son nouveau-né, retrouvé mort dans un dépotoir à Moroni-Hadoudja, a été placée sous mandat de dépôt à la prison de Moroni. Elle se trouve désormais dans les cellules réservées aux femmes, où elle serait suivie par un médecin.
La justice a ainsi décidé de placer en détention Charmila A., l’étudiante accusée d’avoir tué et abandonné son nouveau-né. Elle vivait à Hadoudja, ce quartier au nord de la capitale, dans une petite maison en tôle louée par sa mère, et qu’elle partageait avec elle et un oncle. Charmila est décrite par des proches comme une jeune femme « introvertie » et discrète. « Elle était souvent discrète, introvertie, et ne se confiait à personne », confirment les voisins. Une voisine témoigne : « Elle avait toujours eu un ventre un peu rond, mais ces derniers mois, ça avait vraiment grossi. On lui demandait si elle était malade, elle ne répondait pas ». Un autre habitant confirme : « Personne, même pas sa famille proche, ne semblait au courant d’une grossesse. Elle vivait sa vie sans donner d’explications. »
Cette solitude interroge. Comment une grossesse peut-elle rester si cachée que ni la famille, ni les voisins, ni les proches n’en aient connaissance ? Ce drame met en lumière une réalité souvent passée sous silence : la détresse extrême de certaines jeunes femmes confrontées à des grossesses non assumées, non accompagnées et noyées dans le silence. Dans le village de Dzwadjuu, d’où est originaire Charmila A., la réaction a été immédiate : les notables et cadres réclament une punition sévère. Pour eux, l’acte est impardonnable. Pourtant, dans cette vague d’indignation, un élément essentiel manque cruellement : l’absence totale d’empathie envers cette covillageoise de 25 ans.
Aucune réflexion n’est portée sur son état physique après un accouchement récent. Aucune question n’est posée sur les circonstances qui auraient pu la pousser à un geste aussi extrême. Aucune interrogation non plus sur la peur, la honte, la solitude ou la détresse psychologique qu’elle a pu traverser. Or, pour plusieurs acteurs de la société civile, ce drame révèle des failles profondes. « On préfère condamner avant de comprendre », analyse un militant. « Mais si nous voulons éviter que ces drames se répètent, il faut des mécanismes de protection pour les femmes en détresse, et des solutions pour prévenir l’abandon ». L’affaire relance le débat sur l’absence de structures d’accompagnement, l’absence de suivi pour les grossesses non désirées, l’omniprésence de la honte et du jugement social, et l’inexistence de dispositifs alternatifs pour protéger à la fois la mère et l’enfant.
Mohamed Ali Nasra
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