C’est une étape importante pour le secteur culturel régional. Réunis, le 4 juin à l’Union des Chambres de Commerce, d’Industrie et d’Agriculture (UCCIA), acteurs institutionnels, professionnels de la culture et partenaires techniques ont assisté au lancement officiel du Guide régional d’exportation et d’importation des biens et services culturels en Indianocéanie. Une initiative portée par la Commission de l’océan Indien (COI) avec l’appui de l’Agence française de développement (AFD).
Dès l’ouverture, la modératrice de la cérémonie a planté le décor en rappelant l’ambition du projet : accompagner concrètement les opérateurs culturels dans leurs démarches et lever les obstacles à la circulation des biens et services culturels dans la région. Premier intervenant, le président de l’UCCIA, Chamsoudine Ahmed, a souligné la pertinence du choix de son institution pour accueillir l’événement. Il a insisté sur la mission de la Chambre « d’accompagner au quotidien les opérateurs économiques, de fluidifier les échanges et de dynamiser le secteur privé ». Selon lui, le lancement de ce guide « résonne comme une évidence », dans la mesure où l’accès aux marchés régionaux constitue aujourd’hui un enjeu majeur pour les acteurs culturels. « Les industries culturelles et créatives ne sont pas seulement le reflet de notre identité, elles constituent aussi un secteur économique porteur d’avenir », a-t-il affirmé, saluant une initiative qui « jette un pont entre le monde de la culture et celui de l’économie ».
À son tour, l’ambassadeur de France, Étienne Chapon, a livré une analyse plus globale des défis régionaux. « La culture produit. Elle emploie, elle forme, elle exporte », a-t-il déclaré, rappelant que l’Indianocéanie regorge de talents mais reste freinée par des obstacles administratifs. Il a illustré ces difficultés par des exemples concrets : « Un musicien souhaitant se produire à Maurice, une compagnie de danse à La Réunion ou un artisan désirant exporter à Madagascar se heurtent souvent au même mur invisible ». Pour le diplomate, « ce n’est pas un manque de talent qui limite les échanges, mais un manque d’information ». Revenant sur les perspectives, il a mis en avant le potentiel du patrimoine comorien : « Le patrimoine n’est pas un héritage à protéger sous vitrine, c’est un moteur de développement », capable de structurer des filières et de créer des emplois durables.
Dans la même dynamique, le secrétaire général de la COI, Ibrahim Norbert Richard, a insisté sur la vocation régionale du projet. Il a rappelé que les pays de l’Indianocéanie partagent « un océan commun, mais restent trop souvent séparés par des frontières administratives ». Selon lui, ce guide vise précisément à combler ce fossé en apportant des informations fiables, accessibles et harmonisées. Le ministre comorien des arts et de la culture, Said Mohamed Ali Said a, pour sa part, mis l’accent sur les opportunités offertes aux jeunes. Il a appelé à « encourager l’entrepreneuriat culturel » et à créer des conditions favorables pour permettre aux talents comoriens de rayonner au-delà de l’archipel. Enfin, la responsable du projet régional ICC a présenté le contenu du guide, détaillant ses outils pratiques. Elle a expliqué qu’il s’agit d’un document évolutif, conçu pour être consulté, enrichi et utilisé par les professionnels. L’objectif est de faciliter l’accès aux marchés, d’identifier les interlocuteurs clés et de mieux comprendre les cadres réglementaires de chaque territoire.
Tous les intervenants ont convergé vers une même idée : ce guide ne doit pas rester théorique. « Sa valeur se mesurera à l’usage qu’en feront les acteurs culturels », a-t-il été rappelé, appelant à une appropriation rapide par les artistes, producteurs et entrepreneurs. Dans cette perspective, l’annonce d’un forum régional des industries culturelles et créatives, prévu en novembre prochain aux Comores, vient prolonger cette dynamique. Il devrait rassembler des acteurs de toute l’Indianocéanie et d’Afrique de l’Est pour réfléchir aux moyens de créer davantage d’emplois et de renforcer la coopération régionale.
À travers cette initiative, la COI et ses partenaires entendent faire de la culture un véritable levier économique et un vecteur d’intégration. Dans une région riche de sa diversité mais encore freinée par ses cloisonnements, ce guide apparaît comme un outil stratégique pour faire circuler les talents et les opportunités au-delà des frontières.
Mohamed Ali Nasra
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